{"id":4331,"date":"2024-10-22T19:27:02","date_gmt":"2024-10-22T19:27:02","guid":{"rendered":"https:\/\/www.cltweb.org\/bibliotheque-de-ressources\/interviews\/ralph-borsodi\/"},"modified":"2024-10-22T20:41:18","modified_gmt":"2024-10-22T20:41:18","slug":"ralph-borsodi","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/www.cltweb.org\/fr\/bibliotheque-de-ressources\/interviews\/ralph-borsodi\/","title":{"rendered":"Ralph Borsodi (1974)"},"content":{"rendered":"\n<p><strong><em>Mother Earth News, num\u00e9ro 26 &#8211; mars\/avril 1974<\/em><\/strong><\/p>\n\n<p><strong>Borsodi<\/strong>, vous avez v\u00e9cu une vie riche et bien remplie et vos nombreuses r\u00e9alisations ont \u00e9t\u00e9 abondamment document\u00e9es par la presse&#8230; pourtant, dans au moins un domaine important, vous semblez \u00eatre un &#8220;homme&#8221; myst\u00e9rieux : Personne ne semble savoir quel \u00e2ge vous avez.<\/p>\n\n<p><strong>BORSODI :<\/strong> Non, je ne sais pas moi-m\u00eame. Je pense que je suis n\u00e9 en 1886 ou en 87. La seule preuve document\u00e9e de mon \u00e2ge est mon passeport, qui indique que j&#8217;ai 88 ans&#8230; sur la foi du t\u00e9moignage de mon fr\u00e8re a\u00een\u00e9.  <\/p>\n\n<p><strong>PLOWBOY :<\/strong> Je crois savoir que vous \u00eates n\u00e9 \u00e0 New York et que vous y avez grandi, mais que vous avez \u00e9t\u00e9 \u00e9duqu\u00e9 par vos parents au lieu d&#8217;\u00eatre inscrit dans le syst\u00e8me scolaire public de la ville.<\/p>\n\n<p><strong>BORSODI :<\/strong> Mes parents m&#8217;ont emmen\u00e9 en Europe quand j&#8217;avais quatre ou cinq ans et j&#8217;y ai v\u00e9cu plusieurs ann\u00e9es sous leur tutelle. Je me souviens cependant &#8211; et vous me demandez de me souvenir de choses qui se sont pass\u00e9es il y a longtemps &#8211; que je suis all\u00e9 \u00e0 l&#8217;\u00e9cole \u00e0 New York pendant au moins quelques mois apr\u00e8s notre retour d&#8217;Europe. J&#8217;ai fr\u00e9quent\u00e9 l&#8217;\u00e9cole publique pendant une courte p\u00e9riode et j&#8217;ai ensuite fr\u00e9quent\u00e9 des \u00e9coles priv\u00e9es.  <\/p>\n\n<p><strong>PLOWBOY :<\/strong> C&#8217;est l\u00e0 que vous avez re\u00e7u votre formation en \u00e9conomie ?<\/p>\n\n<p><strong>BORSODI :<\/strong> Non&#8230; Laissez-moi d&#8217;abord vous expliquer mon parcours scolaire. Curieusement, vous voyez, bien que j&#8217;aie obtenu un Master of Arts et un doctorat ces derni\u00e8res ann\u00e9es, je n&#8217;ai jamais eu de Bachelor of Arts&#8230; qui, bien s\u00fbr, est cens\u00e9 venir en premier. J&#8217;ai beaucoup \u00e9tudi\u00e9 dans ma jeunesse, mais mon \u00e9ducation formelle \u00e9tait tr\u00e8s sommaire. J&#8217;ai d\u00e9couvert l&#8217;\u00e9conomie en travaillant pour mon p\u00e8re, qui \u00e9tait \u00e9diteur et avait des relations dans le domaine de la publicit\u00e9. C&#8217;\u00e9tait mon premier emploi &#8211; je n&#8217;\u00e9tais qu&#8217;un enfant &#8211; et il m&#8217;a ouvert les yeux \u00e0 bien des \u00e9gards. C&#8217;est \u00e9galement \u00e0 ce moment-l\u00e0 que j&#8217;ai commenc\u00e9 \u00e0 m&#8217;int\u00e9resser \u00e0 l&#8217;id\u00e9e de l&#8217;agriculture familiale. Mon p\u00e8re a \u00e9crit l&#8217;introduction de A Little Land and a Living. Il s&#8217;agissait d&#8217;un livre sur l&#8217;agriculture d&#8217;autosuffisance \u00e9crit par Bolton Hall. Ce livre a jou\u00e9 un r\u00f4le important dans le mouvement de retour \u00e0 la terre qui a eu lieu pendant la panique bancaire de 1907. J&#8217;avais \u00e9t\u00e9 \u00e9lev\u00e9 en ville, dans des \u00e9coles priv\u00e9es, et c&#8217;\u00e9tait la premi\u00e8re fois que j&#8217;avais conscience qu&#8217;il existait un autre mode de vie. Mon p\u00e8re poss\u00e9dait alors des terres au Texas et, compar\u00e9 \u00e0 aujourd&#8217;hui, l&#8217;\u00c9tat \u00e9tait un tout nouveau pays \u00e0 l&#8217;\u00e9poque. C&#8217;est donc avec une conscience tout aussi nouvelle de ce que pouvait \u00eatre la vie que j&#8217;ai d\u00e9m\u00e9nag\u00e9 en 1908 et que j&#8217;ai commenc\u00e9 \u00e0 d\u00e9ployer un peu mes ailes.           <\/p>\n\n<p><strong>PLOWBOY :<\/strong> C&#8217;est \u00e0 cette \u00e9poque que vous avez commenc\u00e9 \u00e0 d\u00e9velopper vos th\u00e9ories sur les mod\u00e8les de vie d\u00e9centralis\u00e9s.<\/p>\n\n<p><strong>BORSODI :<\/strong> Je suppose que cela a commenc\u00e9 \u00e0 ce moment-l\u00e0&#8230; mais je n&#8217;ai vraiment pris conscience de la question des modes de vie que bien plus tard. J&#8217;\u00e9tais revenu \u00e0 New York, vous voyez, j&#8217;avais une femme et deux fils et je travaillais comme consultant \u00e9conomique pour Macys et d&#8217;autres soci\u00e9t\u00e9s de marketing. En 1920, il y a eu une grande p\u00e9nurie de logements dans la ville et la maison dans laquelle nous vivions a \u00e9t\u00e9 vendue sous nos yeux. Nous sommes donc partis. J&#8217;ai d\u00e9m\u00e9nag\u00e9 ma famille de New York en 1920 dans un effort d\u00e9lib\u00e9r\u00e9 pour m&#8217;\u00e9loigner de l&#8217;urbanisme.    <\/p>\n\n<p><strong>PLOWBOY :<\/strong> C&#8217;est donc une p\u00e9nurie de logements qui vous a lanc\u00e9 dans la course de votre vie.<\/p>\n\n<p><strong>BORSODI :<\/strong> Oui, oui&#8230; mais j&#8217;ai aussi laiss\u00e9 le pass\u00e9 derri\u00e8re moi pour une autre tr\u00e8s bonne raison. Ma premi\u00e8re femme a \u00e9t\u00e9 \u00e9lev\u00e9e dans une ferme du Kansas et je savais que je pouvais m&#8217;appuyer sur son exp\u00e9rience. Avec l&#8217;aide de ma femme, j&#8217;aurais pu faire des choses \u00e0 la campagne qu&#8217;il m&#8217;aurait \u00e9t\u00e9 extr\u00eamement difficile de faire seul en raison de mon origine citadine. Ma th\u00e9orie \u00e9tait qu&#8217;il \u00e9tait possible de vivre plus confortablement \u00e0 la campagne qu&#8217;en ville. Nous voulions faire l&#8217;exp\u00e9rience de construire et de fabriquer des choses pour nous-m\u00eames [&#8230;] pour avoir une certaine s\u00e9curit\u00e9 ind\u00e9pendante des fluctuations du monde des affaires.    <\/p>\n\n<p><strong>PLOWBOY :<\/strong> Vous essayiez de devenir autosuffisant ?<\/p>\n\n<p><strong>BORSODI :<\/strong> Oui, nous avons investi presque toutes nos \u00e9conomies dans l&#8217;achat d&#8217;une petite maison &#8211; nous l&#8217;avons appel\u00e9e Seven acres &#8211; dans le comt\u00e9 de Rockland, \u00e0 une heure et trois quarts de New York. J&#8217;ai continu\u00e9 \u00e0 travailler en ville et nous avons effectu\u00e9 des paiements mensuels \u00e0 partir de mon salaire pendant que nous reconstruisions une vieille grange sur la propri\u00e9t\u00e9 pour en faire une maison. \u00c0 la fin de la deuxi\u00e8me ann\u00e9e, nous avions une propri\u00e9t\u00e9 tr\u00e8s confortable et moderne.  <\/p>\n\n<p><strong>PLOWBOY :<\/strong> Et vous savouriez ce confort alors que d&#8217;autres devenaient d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9s ! Je pense que vous avez \u00e9crit sur cette p\u00e9riode en ces termes : &#8221; &#8230; lors de la d\u00e9pression de 1921, alors que des millions de personnes arpentaient les rues de nos villes \u00e0 la recherche d&#8217;un emploi, nous avons commenc\u00e9 \u00e0 jouir du sentiment d&#8217;abondance que le citadin ne conna\u00eet jamais &#8220;. Vous faisiez bien s\u00fbr r\u00e9f\u00e9rence au fait que vous aviez des \u0153ufs, de la viande, du lait, des fruits et des l\u00e9gumes en abondance, alors que beaucoup d&#8217;autres n&#8217;en avaient pas.  <\/p>\n\n<p><strong>BORSODI :<\/strong> Oui.<\/p>\n\n<p>PLOWBOY : Votre exp\u00e9rience a donc \u00e9t\u00e9 un succ\u00e8s imm\u00e9diat.<\/p>\n\n<p><strong>BORSODI :<\/strong> C&#8217;\u00e9tait le cas. \u00c0 tel point que nous sommes vite devenus trop grands pour notre premi\u00e8re propri\u00e9t\u00e9. En 1924, nous avons achet\u00e9 18 acres, que nous avons baptis\u00e9s Dogwoods en r\u00e9f\u00e9rence aux magnifiques arbres qui s&#8217;y trouvaient, et nous les avons transform\u00e9s en un lieu de vie encore plus satisfaisant. J&#8217;y ai construit une formidable maison et trois autres b\u00e2timents \u00e0 partir des roches naturelles que nous avions trouv\u00e9es sur la propri\u00e9t\u00e9.   <\/p>\n\n<p><strong>PLOWBOY :<\/strong> Avez-vous fait tout ce travail vous-m\u00eame ?<\/p>\n\n<p><strong>BORSODI :<\/strong> Oh non, cela aurait \u00e9t\u00e9 impossible. Apr\u00e8s tout, le b\u00e2timent principal \u00e9tait haut de trois \u00e9tages et mesurait 110 pieds de long, et j&#8217;\u00e9tais encore occup\u00e9 en ville \u00e0 l&#8217;\u00e9poque. J&#8217;ai fait appel \u00e0 des entrepreneurs pour effectuer certains travaux dans la grande maison. Mais j&#8217;ai aussi beaucoup travaill\u00e9 sur cette structure moi-m\u00eame, en particulier \u00e0 l&#8217;int\u00e9rieur, et j&#8217;ai fait encore plus sur les autres maisons que nous avons construites. Nous utilisions une modification de la m\u00e9thode de construction en pierre d&#8217;Ernest Flagg.    <\/p>\n\n<p><strong>PLOWBOY :<\/strong> Comment avez-vous acquis les comp\u00e9tences n\u00e9cessaires en mati\u00e8re de construction ? Avez-vous appris sur le tas ? <\/p>\n\n<p><strong>BORSODI :<\/strong> C&#8217;est exact. La pratique, la lecture et l&#8217;observation&#8230; c&#8217;est l&#8217;un des meilleurs moyens de s&#8217;instruire. Nous avons oubli\u00e9, voyez-vous, qu&#8217;il fut un temps o\u00f9 la plupart des gens se formaient par l&#8217;apprentissage. M\u00eame les m\u00e9decins et les avocats, avant que nous n&#8217;ayons des \u00e9coles de m\u00e9decine et de droit, apprenaient ces professions en tant qu&#8217;apprentis aupr\u00e8s d&#8217;un m\u00e9decin ou d&#8217;un avocat d\u00e9j\u00e0 \u00e9tabli.   <\/p>\n\n<p><strong>PLOWBOY :<\/strong> Je dois dire que vous avez certainement utilis\u00e9 votre philosophie &#8220;apprendre en faisant&#8221; \u00e0 bon escient. Non seulement vous avez appris &#8211; avec ou sans l&#8217;aide d&#8217;autres personnes &#8211; \u00e0 construire des maisons en pierre, mais en transformant Dogwoods en une ferme autosuffisante, vous avez appris \u00e0 traire une vache, \u00e0 tondre des moutons, \u00e0 labourer, \u00e0 baratter du beurre, \u00e0 faire fonctionner une meule, \u00e0 tisser sur un m\u00e9tier \u00e0 tisser et \u00e0 faire bien d&#8217;autres choses encore. Vous avez m\u00eame consign\u00e9 toutes ces activit\u00e9s dans l&#8217;un de vos livres &#8230; un livre que vous avez tap\u00e9 vous-m\u00eame dans le sous-sol de la maison Dogwoods.  <\/p>\n\n<p><strong>BORSODI :<\/strong> Oui, je n&#8217;ai pas fait cela pour prouver quoi que ce soit. C&#8217;est simplement que j&#8217;ai trouv\u00e9 ce livre difficile \u00e0 \u00e9crire. Si difficile que j&#8217;ai fini par installer une machine \u00e0 linotypie dans mon sous-sol et que j&#8217;ai r\u00e9gl\u00e9 la copie moi-m\u00eame au fur et \u00e0 mesure que je l&#8217;\u00e9crivais. <\/p>\n\n<p><strong>PLOWBOY :<\/strong> Puisque nous parlons de vos livres, j&#8217;aimerais mentionner This Ugly Civilization. Il a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9, je crois, en 1928 et contient \u00e9galement beaucoup d&#8217;informations sur vos exp\u00e9riences \u00e0 Seven acres et Dogwoods. Ce livre a \u00e9t\u00e9 une telle source d&#8217;inspiration que le Conseil des agences sociales de Dayton, dans l&#8217;Ohio, l&#8217;a utilis\u00e9 comme guide pour mettre en place un programme d&#8217;entraide pour les ch\u00f4meurs de cette ville pendant la d\u00e9pression.  <\/p>\n\n<p><strong>BORSODI :<\/strong> Oui, c&#8217;est exact.<\/p>\n\n<p><strong>PLOWBOY :<\/strong> Je crois savoir que vous avez fini par participer au projet.<\/p>\n\n<p><strong>BORSODI :<\/strong> En 1932, les personnes qui avaient lanc\u00e9 ce programme &#8211; et il s&#8217;agissait de certaines des personnes les plus distingu\u00e9es de Dayton &#8211; sont venues \u00e0 Dogwoods et m&#8217;ont invit\u00e9 \u00e0 venir voir ce qu&#8217;elles faisaient. C&#8217;\u00e9tait un programme tr\u00e8s int\u00e9ressant, mais ils avaient du mal \u00e0 trouver l&#8217;argent dont ils avaient besoin. Apr\u00e8s tout, un tiers de la main-d&#8217;\u0153uvre de Dayton \u00e9tait au ch\u00f4mage pendant la d\u00e9pression&#8230; vous pouvez imaginer ce qu&#8217;il en \u00e9tait. J&#8217;ai donc dit au Conseil : &#8220;Je connais Harry Hopkins, le bras droit de Franklin D. Roosevelt, et je pense pouvoir obtenir de l&#8217;argent de Washington&#8221;.   <\/p>\n\n<p><strong>PLOWBOY :<\/strong> Vous \u00eates donc all\u00e9 \u00e0 Washington et&#8230;  <\/p>\n\n<p><strong>BORSODI :<\/strong> J&#8217;y suis donc all\u00e9 et j&#8217;ai obtenu 50 000 dollars, mais c&#8217;est la plus grosse erreur que j&#8217;ai commise dans ma vie. J&#8217;ai bien ramen\u00e9 l&#8217;argent, mais la bureaucratie f\u00e9d\u00e9rale s&#8217;est mise de la partie. Harry Ickes, le secr\u00e9taire de l&#8217;Int\u00e9rieur, a f\u00e9d\u00e9ralis\u00e9 le projet au printemps 34. \u00c0 partir de ce moment-l\u00e0, c&#8217;\u00e9tait l&#8217;agonie pour essayer d&#8217;accomplir quoi que ce soit dans le cadre du projet Dayton. J&#8217;en ai finalement eu assez et j&#8217;ai d\u00e9cid\u00e9 d&#8217;essayer de lancer un mouvement &#8211; non parrain\u00e9 par le gouvernement f\u00e9d\u00e9ral &#8211; qui am\u00e8nerait les gens \u00e0 quitter les villes et \u00e0 adopter le mode de vie que j&#8217;appelle le &#8220;homesteading&#8221;.    <\/p>\n\n<p><strong>PLOWBOY :<\/strong> Je pense qu&#8217;il convient de pr\u00e9ciser \u00e0 nos lecteurs que lorsque vous parlez de &#8220;homesteading&#8221;, vous parlez en fait de la cr\u00e9ation de communaut\u00e9s autosuffisantes &#8230; plut\u00f4t que de petites fermes splendidement isol\u00e9es.<\/p>\n\n<p><strong>BORSODI :<\/strong> Oui. Je ne suis certainement pas un d\u00e9fenseur de ce qui s&#8217;est produit presque uniquement aux \u00c9tats-Unis&#8230; et presque uniquement dans le centre et l&#8217;extr\u00eame ouest des \u00c9tats-Unis. et presque uniquement dans le centre et l&#8217;extr\u00eame ouest des \u00c9tats-Unis. Lorsque cette partie de notre pays a \u00e9t\u00e9 colonis\u00e9e, cela s&#8217;est fait dans le cadre du Homestead Act. Cette loi vous permettait de vous installer sur 160 acres &#8211; un quart de section de terre &#8211; et d&#8217;obtenir un titre de propri\u00e9t\u00e9 simplement en restant sur place et en y vivant pendant quatre ans. Cela a eu pour effet, bien s\u00fbr, de parsemer l&#8217;Ouest de millions de personnes vivant sur des terres isol\u00e9es. \u00c0 l&#8217;\u00e9poque, lorsque vous n&#8217;aviez que des chevaux pour vous d\u00e9placer, vous pouviez ne pas voir vos voisins pendant des jours. Vous alliez en ville probablement une fois par semaine, si vous y alliez aussi souvent. Ce mode de vie est tout aussi contre nature que le fait d&#8217;entasser les gens comme des sardines dans les bo\u00eetes de la ville de New York. L&#8217;homme est un animal gr\u00e9gaire. Il n&#8217;est pas cens\u00e9 vivre dans l&#8217;isolement. Il doit vivre en communaut\u00e9, mais cette communaut\u00e9 ne doit pas n\u00e9cessairement \u00eatre une ville. Tout porte \u00e0 croire que la construction de villes est l&#8217;une des pires erreurs que l&#8217;humanit\u00e9 ait jamais commises : Pour notre sant\u00e9 physique et mentale, nous devons \u00eatre proches de notre m\u00e8re la Terre.           <\/p>\n\n<p><strong>PLOWBOY :<\/strong> O\u00f9 cela nous m\u00e8ne-t-il ?<\/p>\n\n<p><strong>BORSODI :<\/strong> La fa\u00e7on normale de vivre &#8211; et j&#8217;en ai discut\u00e9 \u00e0 l&#8217;infini dans mes livres &#8211; est de vivre dans une communaut\u00e9 de ce que j&#8217;appelle &#8220;taille optimale&#8221;. Ni trop grande, ni trop petite. Un endroit o\u00f9, lorsque vous marchez sur la route, tout le monde vous dit &#8220;Bonjour&#8221;&#8230; parce que tout le monde vous conna\u00eet.  <\/p>\n\n<p><strong>PLOWBOY :<\/strong> C&#8217;est ce genre de communaut\u00e9 que vous avez d\u00e9cid\u00e9 d&#8217;\u00e9tablir apr\u00e8s avoir quitt\u00e9 Dayton.<\/p>\n\n<p>BORSODI : Oui, et j&#8217;ai tout de suite compris que le centre d&#8217;une telle communaut\u00e9 devait \u00eatre une \u00e9cole o\u00f9 tout le monde &#8211; et pas seulement les enfants &#8211; pourrait \u00e9tudier le sujet le plus important de tous : la philosophie de la vie. Je pense que la philosophie, telle qu&#8217;elle est enseign\u00e9e dans le monde acad\u00e9mique, est une discipline totalement d\u00e9nu\u00e9e de sens. En revanche, la philosophie en tant que mode de vie est extr\u00eamement importante. Abraham Lincoln a dit un jour que l&#8217;avenir de l&#8217;Am\u00e9rique d\u00e9pendait de la capacit\u00e9 \u00e0 enseigner aux gens comment bien vivre \u00e0 partir d&#8217;un petit lopin de terre. C&#8217;est cette technologie que nous devons \u00e9tudier&#8230; comment bien vivre &#8211; pas seulement une existence spartiate, mais une bonne vie &#8211; sur un petit lopin de terre.    <\/p>\n\n<p><strong>PLOWBOY :<\/strong> Je suppose que vous avez commenc\u00e9 votre nouvelle communaut\u00e9 avec l&#8217;une de ces \u00e9coles.<\/p>\n\n<p><strong>BORSODI :<\/strong> Oui. J&#8217;ai cr\u00e9\u00e9 une \u00e9cole de vie dans le comt\u00e9 de Rockland, \u00e0 New York, au cours de l&#8217;hiver 1934-1935. Tr\u00e8s vite, une vingtaine de familles ont commenc\u00e9 \u00e0 venir r\u00e9guli\u00e8rement de New York pour passer les week-ends dans cette \u00e9cole. Je ne sais pas comment elles ont r\u00e9ussi \u00e0 trouver l&#8217;argent pour s&#8217;y rendre. C&#8217;\u00e9tait en pleine d\u00e9pression, voyez-vous, et certaines de ces personnes n&#8217;avaient aucune source de revenus. Je me souviens que lorsque nous nous sommes pr\u00e9par\u00e9s \u00e0 commencer la construction de notre premi\u00e8re communaut\u00e9, je leur ai dit : &#8220;Je vais vous aider. Je leur ai dit : &#8220;Je commencerai si vous \u00eates assez nombreux \u00e0 mettre un peu d&#8217;argent de c\u00f4t\u00e9 pour d\u00e9marrer.&#8221; Savez-vous combien ces 20 familles ont pu r\u00e9unir ? Deux cents dollars. Tout le groupe. Elles ont d\u00e9pos\u00e9 l&#8217;argent sur la table et je leur ai donn\u00e9 des re\u00e7us, et c&#8217;est tout ce qu&#8217;il y avait. C&#8217;\u00e9tait \u00e0 moi de trouver un moyen d&#8217;acheter les terres dont nous avions besoin.           <\/p>\n\n<p><strong>PLOWBOY :<\/strong> Comment avez-vous fait ?<\/p>\n\n<p><strong>BORSODI :<\/strong> J&#8217;avais un terrain que je voulais utiliser, environ 40 acres, que j&#8217;avais rep\u00e9r\u00e9 pr\u00e8s de Suffern. Il appartenait \u00e0 un traiteur juif de New York, un certain Plotkin. Je suis all\u00e9 le voir et je lui ai dit : &#8220;M. Plotkin, vous avez 40 acres de terrain et vous savez que maintenant, pendant la d\u00e9pression, ils ne valent presque plus rien&#8230; et qu&#8217;il faudra des ann\u00e9es et des ann\u00e9es avant que vous puissiez commencer \u00e0 r\u00e9cup\u00e9rer ce que vous avez investi dans cette propri\u00e9t\u00e9. Je n&#8217;ai pas d&#8217;argent, mais je signerai un contrat pour vos 40 acres&#8230; un contrat qui m&#8217;oblige \u00e0 vous payer un quaranti\u00e8me, ou toute autre partie du terrain que j&#8217;utilise, chaque fois que j&#8217;y construis une maison. Et chaque fois que je commencerai une nouvelle construction, j&#8217;irai \u00e0 la banque et je r\u00e9unirai assez d&#8217;argent pour commencer la construction et pour vous payer cette partie de la propri\u00e9t\u00e9&#8221;. Apr\u00e8s des dizaines d&#8217;entretiens avec M. Plotkin et sa famille, j&#8217;ai obtenu leur accord.     <\/p>\n\n<p><strong>PLOWBOY :<\/strong> Et ce fut le d\u00e9but de &#8230; .  <\/p>\n\n<p><strong>BORSODI :<\/strong> De la communaut\u00e9 de Bayard Lane. Je dois \u00e9galement mentionner que M. Plotkin a gard\u00e9 cinq acres de terre pour lui et qu&#8217;il a particip\u00e9 \u00e0 l&#8217;exp\u00e9rience. En fait, lui et sa femme cultivaient encore cette terre lorsque j&#8217;ai rendu visite \u00e0 Bayard Lane pour son anniversaire en 1973. L&#8217;id\u00e9e a donc bien fonctionn\u00e9 pour eux.   <\/p>\n\n<p><strong>PLOWBOY :<\/strong> Les 20 familles d&#8217;origine ont-elles toutes adh\u00e9r\u00e9 ?<\/p>\n\n<p><strong>BORSODI :<\/strong> Non, seulement 16. Et comme je l&#8217;ai dit, ils n&#8217;avaient pas beaucoup d&#8217;argent liquide. Je leur ai donc dit : &#8220;Les terrains ici devraient vous co\u00fbter un peu moins de 1 000 dollars, mais vous n&#8217;aurez pas \u00e0 les acheter. Vous n&#8217;aurez qu&#8217;\u00e0 payer un loyer, taxes comprises, d&#8217;environ 5 dollars par mois. J&#8217;ai alors commenc\u00e9 \u00e0 lever des fonds, principalement en \u00e9mettant des certificats d&#8217;endettement qui pouvaient \u00eatre rembours\u00e9s avec les loyers. Ce que j&#8217;ai fait, voyez-vous, c&#8217;est cr\u00e9er une fiducie fonci\u00e8re&#8230; en fait une institution \u00e9conomique, bancaire et de cr\u00e9dit. Nous l&#8217;avons appel\u00e9e Independence Foundation, Inc. Il s&#8217;agissait d&#8217;une mani\u00e8re nouvelle et \u00e9thique de d\u00e9tenir des terres en fiducie &#8230; de mettre des cr\u00e9dits \u00e0 faible co\u00fbt, partag\u00e9s en coop\u00e9rative, \u00e0 la disposition des personnes qui souhaitaient construire des fermes dans notre communaut\u00e9. Cette institution permettait aux gens d&#8217;acc\u00e9der \u00e0 la terre sans qu&#8217;ils aient \u00e0 payer la propri\u00e9t\u00e9 au comptant au d\u00e9part.        <\/p>\n\n<p><strong>PLOWBOY :<\/strong> Super ! Mais comment avez-vous financ\u00e9 la construction des maisons ? <\/p>\n\n<p><strong>BORSODI :<\/strong> La plupart des familles qui ont rejoint Bayard Dane \u00e9taient au ch\u00f4mage, mais quelques-unes avaient un emploi ou un peu d&#8217;argent. Nous avons donc mis le premier groupe \u00e0 construire des maisons, \u00e0 cultiver des jardins et \u00e0 effectuer d&#8217;autres travaux productifs, et le second a fourni suffisamment d&#8217;argent pour couvrir les d\u00e9penses de base. Nous avons suivi \u00e0 peu pr\u00e8s la m\u00eame ligne de conduite un peu plus tard, lorsque nous avons lanc\u00e9 Van Houten Fields &#8230; un deuxi\u00e8me projet d&#8217;\u00e9cole de vie dans la r\u00e9gion de Suffern, dans l&#8217;\u00c9tat de New York.  <\/p>\n\n<p><strong>PLOWBOY :<\/strong> Qu&#8217;est-il advenu de ces communaut\u00e9s &#8230; et d&#8217;autres ont-elles \u00e9t\u00e9 construites ?<\/p>\n\n<p><strong>BORSODI :<\/strong> Les deux communaut\u00e9s, bien s\u00fbr, sont toujours l\u00e0. Elles ont quelque peu chang\u00e9 au fil des ans &#8211; seules quelques familles cultivent encore les grands jardins &#8211; mais elles sont toujours l\u00e0. Quant aux autres&#8230; eh bien, la Seconde Guerre mondiale, avec ses priorit\u00e9s, a rendu les mat\u00e9riaux de construction impossibles \u00e0 obtenir. Elle a \u00e9galement mis tant d&#8217;argent frais dans les poches des gens que personne n&#8217;a voulu penser \u00e0 des fermes autosuffisantes pendant les 20 ann\u00e9es suivantes. Pour des raisons diverses, j&#8217;ai abandonn\u00e9 la Fondation pour l&#8217;Ind\u00e9pendance pendant la guerre et Mildred Loomis a emmen\u00e9 l&#8217;\u00c9cole de vie dans l&#8217;Ohio. Elle a continu\u00e9 \u00e0 la g\u00e9rer avec son mari, John, jusqu&#8217;\u00e0 la mort de celui-ci en 1968. Mildred a ensuite d\u00e9m\u00e9nag\u00e9 l&#8217;\u00e9cole \u00e0 Freeland, dans le Maryland, o\u00f9 elle continue d&#8217;enseigner aux personnes qui reviennent aujourd&#8217;hui \u00e0 la terre les bases de l&#8217;autonomie.      <\/p>\n\n<p><strong>Borsodi<\/strong>, si l&#8217;on en croit le courrier que nous recevons \u00e0 THE MOTHER EARTH NEWS, il y a maintenant des centaines de milliers, voire des millions de personnes dans ce pays qui pensent que la soci\u00e9t\u00e9 urbanis\u00e9e et industrialis\u00e9e d&#8217;aujourd&#8217;hui ne fonctionne tout simplement plus&#8230; que le soi-disant &#8220;syst\u00e8me&#8221; ne satisfait plus les d\u00e9sirs, les besoins et les souhaits fondamentaux de l&#8217;\u00eatre humain.<\/p>\n\n<p><strong>BORSODI :<\/strong> Le m\u00e9contentement \u00e0 l&#8217;\u00e9gard de la soci\u00e9t\u00e9 &#8220;moderne&#8221; de ce pays dont vous parlez n&#8217;est pas nouveau. Nous l&#8217;avons connu \u00e0 maintes reprises, en particulier pendant et apr\u00e8s les grandes d\u00e9pressions, depuis la fondation de la nation. L&#8217;agitation engendre g\u00e9n\u00e9ralement un mouvement de &#8220;retour \u00e0 la terre&#8221; qui s&#8217;enflamme pendant un certain temps . . puis les temps s&#8217;am\u00e9liorent et le cycle recommence.  <\/p>\n\n<p><strong>PLOWBOY :<\/strong> Pourquoi ?<\/p>\n\n<p><strong>BORSODI :<\/strong> Pourquoi ? Parce que toute l&#8217;\u00e8re industrielle &#8211; qui a commenc\u00e9 il y a environ 200 ans, lorsqu&#8217;Adam Smith a \u00e9crit La richesse des nations &#8211; repose sur de fausses pr\u00e9misses. Smith, voyez-vous, a fait l&#8217;\u00e9loge du syst\u00e8me de production en usine comme moyen de mettre fin \u00e0 la mis\u00e8re dans le monde. Il a soulign\u00e9 que si vous fabriquez des objets \u00e0 grande \u00e9chelle dans une usine, vous r\u00e9duisez le co\u00fbt de production de ces objets&#8230; et c&#8217;est parfaitement vrai. Mais Adam Smith a compl\u00e8tement oubli\u00e9 ce que la production en usine fait aux co\u00fbts de distribution. Elle les fait augmenter. Les marchandises ne peuvent \u00eatre fabriqu\u00e9es dans une usine que si les mati\u00e8res premi\u00e8res, le carburant, les travailleurs et tout le reste y sont achemin\u00e9s. Il s&#8217;agit l\u00e0 d&#8217;un co\u00fbt de distribution. Ensuite, une fois que vous avez assembl\u00e9 ce que vous fabriquez dans cette usine, vous devez l&#8217;exp\u00e9dier aux personnes qui le consomment. Cela aussi peut co\u00fbter cher. J&#8217;ai tout produit, depuis les cultures de tomates jusqu&#8217;aux v\u00eatements que j&#8217;ai fil\u00e9s \u00e0 la main sur mon propre terrain, et j&#8217;ai tenu des registres tr\u00e8s pr\u00e9cis de toutes les d\u00e9penses li\u00e9es \u00e0 ces exp\u00e9riences. Je pense qu&#8217;il est \u00e9vident que la moiti\u00e9 ou les deux tiers &#8211; et c&#8217;est plus pr\u00e8s des deux tiers &#8211; de toutes les choses dont nous avons besoin pour bien vivre peuvent \u00eatre produites de la mani\u00e8re la plus \u00e9conomique \u00e0 petite \u00e9chelle&#8230; soit dans votre propre maison, soit dans une autre. soit dans votre propre maison, soit dans la communaut\u00e9 o\u00f9 vous vivez. Les \u00e9tudes que j&#8217;ai men\u00e9es \u00e0 Dogwoods &#8211; les &#8220;exp\u00e9riences de production domestique&#8221; &#8211; montrent de mani\u00e8re concluante que nous avons \u00e9t\u00e9 induits en erreur par la doctrine de la division du travail. Bien s\u00fbr, il y a certaines choses &#8211; de mon point de vue, un petit nombre de choses &#8211; qui ne peuvent pas \u00eatre produites \u00e9conomiquement dans une petite communaut\u00e9. Vous ne pouvez pas fabriquer du fil \u00e9lectrique ou des ampoules, par exemple, de mani\u00e8re tr\u00e8s satisfaisante \u00e0 une \u00e9chelle limit\u00e9e. Il n&#8217;en reste pas moins que pratiquement les deux tiers de toutes les choses que nous consommons sont mieux produites sur une base communautaire.               <\/p>\n\n<p><strong>PLOWBOY :<\/strong> Qu&#8217;en est-il de la qualit\u00e9 ?<\/p>\n\n<p><strong>BORSODI :<\/strong> Lorsque vous fabriquez des objets pour votre propre usage, vous essayez de produire ce qu&#8217;il y a de mieux. Et lorsque les gens produisent des articles qui sont \u00e9chang\u00e9s face \u00e0 face, il y a une certaine relation humaine et une fiert\u00e9 de l&#8217;artisanat qui maintiennent la qualit\u00e9 \u00e0 un niveau \u00e9lev\u00e9. Mais lorsque vous installez des machines et les faites fonctionner dans le seul but de r\u00e9aliser des b\u00e9n\u00e9fices, vous commencez g\u00e9n\u00e9ralement \u00e0 exploiter le consommateur. C&#8217;est ce qui se passe actuellement et c&#8217;est l&#8217;une des raisons pour lesquelles tant de gens se sentent tromp\u00e9s par notre syst\u00e8me industrialis\u00e9.   <\/p>\n\n<p><strong>PLOWBOY :<\/strong> Mais l&#8217;accent est toujours mis sur la production industrielle.<\/p>\n\n<p><strong>BORSODI :<\/strong> Oh oui. Ils l&#8217;appliquent m\u00eame \u00e0 l&#8217;agriculture aujourd&#8217;hui. Ils l&#8217;appellent l&#8217;agrobusiness. Je le vois ici m\u00eame dans le New Hampshire avec les fermes laiti\u00e8res. L&#8217;\u00e9cole d&#8217;agriculture de l&#8217;universit\u00e9 du New Hampshire et d&#8217;autres &#8220;experts&#8221; enseignent aux petits agriculteurs qu&#8217;il n&#8217;est pas rentable d&#8217;avoir une ou deux vaches pour produire leur propre lait. Ce n&#8217;est pas vrai. Permettez-moi d&#8217;attirer votre attention sur quelques faits curieux concernant une vache : Tout d&#8217;abord, pour estimer la valeur d&#8217;un tel animal, le commun des mortels dirait : &#8220;Eh bien, calculons la valeur de son lait.&#8221; Il est possible d&#8217;attribuer une valeur mon\u00e9taire \u00e0 ce lait, mais pas seulement. En effet, lorsque vous produisez votre propre lait, il s&#8217;agit d&#8217;un lait pur et frais &#8230; contrairement au lait en bouteille qui est transform\u00e9, pasteuris\u00e9 et trait\u00e9 et qui, \u00e0 mon avis, est de qualit\u00e9 inf\u00e9rieure. Vous avez donc le lait. Mais cette vache produit \u00e9galement du fumier et, si vous avez suffisamment de fumier, vous n&#8217;avez pas besoin d&#8217;acheter d&#8217;engrais chimiques. Il faut \u00e9galement tenir compte de la valeur du veau que la vache produit chaque ann\u00e9e. Lorsque vous additionnez tous les revenus qu&#8217;un agriculteur peut tirer d&#8217;une vache, vous constatez que le retour sur investissement est assez important &#8230; \u00e0 condition que lui et sa famille utilisent le lait. Si, en revanche, l&#8217;agriculteur vend le lait au prix de gros \u00e0 quelqu&#8217;un d&#8217;autre, il n&#8217;en tire qu&#8217;un faible rendement qu&#8217;il doit d\u00e9penser au prix de d\u00e9tail pour les choses qu&#8217;il d\u00e9sire. En d&#8217;autres termes, c&#8217;est lorsqu&#8217;il l&#8217;utilise que le lait a le plus de valeur pour lui. Il s&#8217;agit l\u00e0 d&#8217;un exemple de la loi \u00e9conomique dont j&#8217;ai parl\u00e9 dans mon livre L&#8217;\u00e8re de la distribution. Il s&#8217;agit des co\u00fbts de distribution. Lorsque vous achetez du lait, vous payez tr\u00e8s peu pour le lait lui-m\u00eame. La majeure partie de ce que vous payez concerne la distribution du produit. En revanche, lorsque vous produisez votre propre lait &#8211; ou vos propres l\u00e9gumes &#8211; vous n&#8217;avez pas \u00e0 supporter de tels co\u00fbts. C&#8217;est cette histoire qui devrait \u00eatre racont\u00e9e dans les \u00e9coles d&#8217;agriculture &#8230; au lieu de l&#8217;\u00e9ducation erron\u00e9e que ces institutions enseignent.                    <\/p>\n\n<p>Vous dites que, m\u00eame si nous sommes devenus insatisfaits \u00e0 maintes reprises dans ce pays de notre soci\u00e9t\u00e9 de plus en plus industrialis\u00e9e et m\u00eame si cette insatisfaction a produit \u00e0 plusieurs reprises des mouvements de retour \u00e0 la terre, rien n&#8217;a encore invers\u00e9 la tendance de notre nation vers une existence pr\u00e9emball\u00e9e, \u00e9nergivore et d\u00e9shumanis\u00e9e, au moins en partie parce que nos institutions enseignent aux gens \u00e0 valoriser une soci\u00e9t\u00e9 industrialis\u00e9e plut\u00f4t qu&#8217;une soci\u00e9t\u00e9 agraire. <\/p>\n\n<p><strong>BORSODI :<\/strong> Tant que les universit\u00e9s &#8211; en particulier les \u00e9coles d&#8217;agriculture &#8211; perp\u00e9tueront les valeurs de l&#8217;urbanisme et de l&#8217;industrialisme, c&#8217;est comme si vous essayiez de faire rouler une pierre en amont chaque fois que vous tentez de montrer aux gens les vertus d&#8217;une vie plus proche de l&#8217;autosuffisance. Chaque g\u00e9n\u00e9ration, voyez-vous, est habitu\u00e9e \u00e0 consid\u00e9rer l&#8217;agriculture familiale comme quelque chose de pass\u00e9 et de romantique qu&#8217;il vaut mieux oublier. La vraie bataille n&#8217;est donc pas de trouver des individus qui ont la hardiesse, l&#8217;endurance et l&#8217;ing\u00e9niosit\u00e9 n\u00e9cessaires pour se d\u00e9brouiller seuls&#8230; mais de faire en sorte que les \u00e9tablissements d&#8217;enseignement s&#8217;int\u00e9ressent \u00e0 la mani\u00e8re de montrer \u00e0 ces personnes comment s&#8217;y prendre.  <\/p>\n\n<p><strong>PLOWBOY :<\/strong> L&#8217;\u00e9tablissement d&#8217;enseignement est-il le seul fautif ?<\/p>\n\n<p><strong>BORSODI :<\/strong> Vous devez vous rappeler que nous sommes \u00e9duqu\u00e9s &#8211; nos go\u00fbts et nos id\u00e9es sont d\u00e9termin\u00e9s par bien plus que les \u00e9coles et les universit\u00e9s. L&#8217;\u00c9glise nous enseignait autrefois comment vivre, mais elle a perdu son influence. Les \u00e9coles se sont alors engouffr\u00e9es dans la br\u00e8che et, comme je l&#8217;ai dit, elles diffusent souvent des informations erron\u00e9es, mais, en fait, ce ne sont plus les \u00e9coles qui enseignent au peuple am\u00e9ricain ce qu&#8217;il veut. Nous disposons aujourd&#8217;hui d&#8217;un \u00e9tablissement d&#8217;enseignement encore plus persuasif qui fait entrer les produits fabriqu\u00e9s par les usines dans la gorge de nos concitoyens&#8230; et cet \u00e9tablissement d&#8217;enseignement s&#8217;appelle la publicit\u00e9. Tr\u00e8s peu de gens consid\u00e8rent la publicit\u00e9 comme le v\u00e9ritable \u00e9ducateur de la population am\u00e9ricaine, mais, encore et encore, elle nous apprend \u00e0 vouloir toutes sortes de choses qui ne sont pas bonnes pour nous &#8230; mais qui rapportent de l&#8217;argent \u00e0 ceux qui contr\u00f4lent les usines. Le c\u0153ur de l&#8217;\u00e9conomie, voyez-vous, c&#8217;est la satisfaction des besoins. C&#8217;est donc une bonne affaire de cr\u00e9er un besoin que seule votre usine peut satisfaire. Mais la nature n&#8217;a pas d&#8217;usines, il est donc \u00e9vident que la cr\u00e9ation d&#8217;une telle demande est probablement contre nature&#8230; mauvaise. Et lorsque vous encouragez les gens \u00e0 d\u00e9sirer les mauvaises choses, vous cr\u00e9ez en r\u00e9alit\u00e9 un mod\u00e8le de vie &#8211; une fa\u00e7on de vivre &#8211; que vous ne devriez pas.        <\/p>\n\n<p><strong>PLOWBOY :<\/strong> Malgr\u00e9 vos arguments contre l&#8217;industrie, vous n&#8217;\u00eates pas ce que l&#8217;on pourrait appeler un &#8220;anti-technologie&#8221;.<\/p>\n\n<p><strong>BORSODI :<\/strong> Oh non. Je m&#8217;int\u00e9resse beaucoup \u00e0 un type de technologie : la technologie de la d\u00e9centralisation, de l&#8217;autosuffisance et du bien-vivre. Malheureusement, la majeure partie du reste du monde moderne s&#8217;int\u00e9resse \u00e0 la technologie de la centralisation, de la production de masse et de l&#8217;argent. Surtout l&#8217;argent.   <\/p>\n\n<p>Savez-vous ce que signifie r\u00e9ellement le mot &#8220;\u00e9conomie&#8221; ? Il vient du mot grec oeconomia, qui signifie &#8220;gestion de la maison&#8221;. Les Grecs insistaient sur le fait que tout citoyen reconnu devait avoir une propri\u00e9t\u00e9 &#8211; ou un domaine, comme ils l&#8217;appelaient &#8211; et des travailleurs pour subvenir \u00e0 ses besoins afin qu&#8217;il puisse consacrer son temps aux travaux publics et \u00e0 la d\u00e9fense de l&#8217;\u00c9tat. L&#8217;oeconomia \u00e9tait donc l&#8217;\u00e9tude, l&#8217;\u00e9tude scientifique, de la mani\u00e8re de g\u00e9rer un foyer. Elle n&#8217;avait rien \u00e0 voir avec le fait de gagner de l&#8217;argent. Les Grecs avaient un autre mot pour cela : chrematistikes. Chrematistikes signifiait &#8220;gagner de l&#8217;argent&#8221; et ils m\u00e9prisaient cela. Gagner sa vie &#8211; une bonne vie &#8211; \u00e9tait le travail d&#8217;un gentleman&#8230; essayer de gagner de l&#8217;argent \u00e9tait le travail d&#8217;un subalterne qui \u00e9tait m\u00e9pris\u00e9. Nous avons compl\u00e8tement chang\u00e9 la donne. Il y a deux types de revenus. Il y a ce que j&#8217;appelle les revenus non mon\u00e9taires, ou imput\u00e9s, et les revenus mon\u00e9taires. Dans une ferme, la plupart des revenus sont imput\u00e9s. Vous produisez de la richesse sous forme de biens et de services, mais vous n&#8217;\u00eates pas pay\u00e9 pour cela. Si vous cuisinez un repas \u00e0 la maison, vous faites exactement ce que vous feriez si vous \u00e9tiez embauch\u00e9 pour le pr\u00e9parer dans un restaurant&#8230; mais dans un cas, vous produisez un revenu imput\u00e9 et dans l&#8217;autre, un revenu mon\u00e9taire. Et ce n&#8217;est que ce dernier qui int\u00e9resse notre monde aujourd&#8217;hui.              <\/p>\n\n<p><strong>PLOWBOY :<\/strong> Je crois que vous faites une distinction similaire en ce qui concerne la propri\u00e9t\u00e9.<\/p>\n\n<p><strong>BORSODI :<\/strong> Je divise tr\u00e8s soigneusement les possessions de l&#8217;humanit\u00e9 en deux cat\u00e9gories : l&#8217;une que j&#8217;appelle &#8220;propri\u00e9t\u00e9&#8221; et l&#8217;autre &#8220;trusterie&#8221;. Par d\u00e9finition, la propri\u00e9t\u00e9 est tout ce qui peut \u00eatre poss\u00e9d\u00e9&#8230; l\u00e9galement. Mais vous savez qu&#8217;il y a des choses qui peuvent \u00eatre poss\u00e9d\u00e9es l\u00e9galement, mais pas moralement. Par exemple, les esclaves \u00e9taient autrefois l\u00e9galement poss\u00e9d\u00e9s. Les lois de nos \u00c9tats et la Constitution des \u00c9tats-Unis rendaient l\u00e9gale la possession d&#8217;\u00eatres humains&#8230; mais aucune l\u00e9galisation ne la rendait morale. Je pense la m\u00eame chose des ressources naturelles de la terre. Lorsque vous fabriquez quelque chose avec votre propre travail, vous avez, pour ainsi dire, fig\u00e9 votre travail dans cette chose. C&#8217;est ainsi que vous cr\u00e9ez un titre moral sur cette chose, en la produisant. Vous pouvez la vendre \u00e0 quelqu&#8217;un d&#8217;autre et, en \u00e9change de ce qu&#8217;il vous paie, vous pouvez lui donner votre titre moral sur cette chose. Mais aucun homme n&#8217;a cr\u00e9\u00e9 la terre ou ses ressources naturelles. Et aucun homme ou gouvernement n&#8217;a de titre moral sur la propri\u00e9t\u00e9 de la terre. Si la terre doit \u00eatre utilis\u00e9e, et nous devons l&#8217;utiliser pour vivre, elle doit \u00eatre trait\u00e9e comme une fiducie. Nous devons d\u00e9tenir la terre en fiducie. Nous pouvons profiter des fruits de la terre ou d&#8217;une ressource naturelle, mais la terre ou la ressource elle-m\u00eame doit \u00eatre trait\u00e9e comme un don. Un homme qui utilise la terre est un administrateur de cette terre et il doit en prendre soin pour que les g\u00e9n\u00e9rations futures la trouvent aussi bonne, aussi riche, que lorsqu&#8217;il en a pris possession. Un fiduciaire a droit \u00e0 une r\u00e9mun\u00e9ration pour l&#8217;administration de sa fiducie&#8230; mais il ne doit jamais d\u00e9truire la fiducie elle-m\u00eame. D\u00e8s que vous posez ce principe moral simple, bien s\u00fbr, vous faites de nos m\u00e9thodes actuelles de traitement des ressources naturelles de la terre des canards et des coqs. L&#8217;histoire de l&#8217;Am\u00e9rique n&#8217;est qu&#8217;une gigantesque exploitation des terres&#8230; et tr\u00e8s peu de gens se rendent compte que cela cr\u00e9e exactement les conditions qui poussent les individus &#8211; en d\u00e9sespoir de cause &#8211; \u00e0 se tourner vers le socialisme et le communisme. Tant que la terre est disponible en tant que ressource ultime vers laquelle vous pouvez vous tourner pour subvenir \u00e0 vos besoins, personne ne peut vous exploiter. Ce n&#8217;est que lorsque toutes les terres sont expropri\u00e9es par des sp\u00e9culateurs ou par des personnes qui en vivent qu&#8217;il est impossible de se tourner vers la terre comme source ultime d&#8217;emploi. Tout le monde ne doit pas \u00eatre agriculteur, bien s\u00fbr, mais tant que la terre sera disponible pour ceux qui veulent la travailler, nous n&#8217;aurons pas ce ch\u00f4mage d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9 qui a finalement conduit Marx \u00e0 proposer le communisme comme solution aux probl\u00e8mes cr\u00e9\u00e9s par le capitalisme.                    <\/p>\n\n<p><strong>PLOWBOY :<\/strong> Vous diriez donc que la pr\u00e9servation de la terre et son maintien en fiducie pour l&#8217;usage de tous, y compris des g\u00e9n\u00e9rations \u00e0 venir, est la seule ligne de conduite moralement correcte &#8230; du point de vue de la terre et de l&#8217;humanit\u00e9.<\/p>\n\n<p><strong>BORSODI :<\/strong> Bien s\u00fbr.<\/p>\n\n<p><strong>PLOWBOY :<\/strong> Mais nous n&#8217;avons jamais fait cela dans ce pays. En fait, peu de cultures l&#8217;ont fait, si ce n&#8217;est aucune. <\/p>\n\n<p><strong>BORSODI :<\/strong> Non. Permettez-moi de m&#8217;exprimer ainsi : Les seules histoires dignes d&#8217;int\u00e9r\u00eat qui aient jamais \u00e9t\u00e9 \u00e9crites sont des histoires de civilisations. Les histoires des nations sont ce que Napol\u00e9on appelait un &#8220;mensonge convenu&#8221;. Les histoires nationales ne font que magnifier l&#8217;histoire d&#8217;un pays. Les histoires des civilisations, en revanche, sont diff\u00e9rentes. Toynbee, vous le savez, a \u00e9crit un r\u00e9cit de 21 civilisations . et ce qui est int\u00e9ressant, c&#8217;est que chacune d&#8217;entre elles est morte. Comme Toynbee l&#8217;explique &#8211; et il le fait en termes historiques &#8211; elles ont \u00e9t\u00e9 confront\u00e9es \u00e0 un probl\u00e8me, \u00e0 une crise. Toynbee appelait ces confrontations des &#8220;p\u00e9riodes de troubles&#8221;&#8230; et si la civilisation n&#8217;\u00e9tait pas \u00e0 la hauteur du d\u00e9fi, elle s&#8217;effondrait tout simplement. C&#8217;est ce \u00e0 quoi nous sommes confront\u00e9s. Avez-vous d\u00e9j\u00e0 entendu parler de Spengler et de son grand livre, Le d\u00e9clin de l&#8217;Occident ? Ce livre a fait sensation lors de sa parution, car il pr\u00e9disait exactement ce qui se passe aujourd&#8217;hui. La th\u00e8se de Spengler est que ce que chaque civilisation semble faire, c&#8217;est d&#8217;accumuler toutes les richesses et toute la sant\u00e9 dans les grandes villes&#8230; o\u00f9 elles finissent par se d\u00e9composer. Puis il y a un effondrement et un d\u00e9clin \u00e9crasant de la population, et les gens qui restent sont forc\u00e9s de retourner \u00e0 la terre. Il me semble tragique que nous n&#8217;\u00e9coutions pas des hommes comme Toynbee et Spengler. Ils nous ont montr\u00e9 ce qui peut arriver. Nous savons maintenant&#8230; et, au lieu d&#8217;attendre qu&#8217;un krach nous conduise \u00e0 un meilleur mode de vie, nous devrions utiliser toute notre intelligence &#8211; toute la technologie que nous avons &#8211; pour d\u00e9velopper ce mode de vie avant que l&#8217;effondrement \u00e0 venir ne se produise.               <\/p>\n\n<p><strong>PLOWBOY :<\/strong> Une telle catastrophe est-elle in\u00e9vitable ?<\/p>\n\n<p>BORSODI : Si nous, en tant que culture, y r\u00e9fl\u00e9chissions et nous demandions quel type de civilisation nous devrions d\u00e9velopper pour atteindre ces objectifs, nous pourrions assurer un bon niveau de vie \u00e0 tous nos citoyens et nous organiser de mani\u00e8re \u00e0 ce qu&#8217;aucune calamit\u00e9 ne se produise. Mais nous ne l&#8217;avons pas fait. Nous ne l&#8217;avons pas fait du tout. Nous sommes sur une trajectoire de collision avec le destin et le crash qui s&#8217;annonce va faire passer la derni\u00e8re d\u00e9pression pour une plaisanterie.   <\/p>\n\n<p><strong>PLOWBOY :<\/strong> N&#8217;y a-t-il aucun espoir d&#8217;\u00e9viter l&#8217;in\u00e9vitable ?<\/p>\n\n<p><strong>BORSODI :<\/strong> Eh bien&#8230; peut-\u00eatre. Peut-\u00eatre seulement. Les signaux d&#8217;alarme sont allum\u00e9s tout autour de nous. La crise de l&#8217;\u00e9nergie, voyez-vous, m&#8217;int\u00e9resse pour cette raison pr\u00e9cise. Parce que, pour la premi\u00e8re fois, le public commence \u00e0 se rendre compte que nous vivons le cr\u00e9puscule de l&#8217;industrialisme. La crise commence \u00e0 se faire sentir. Dans 20, 30 ou 40 ans, il n&#8217;y aura plus de p\u00e9trole au rythme o\u00f9 nous l&#8217;utilisons. Et ce n&#8217;est pas tout, bien s\u00fbr. Il y a d&#8217;autres p\u00e9nuries. Presque toutes les industries connaissent des p\u00e9nuries de min\u00e9raux et de mat\u00e9riaux. C&#8217;est un autre point qu&#8217;Adam Smith a compl\u00e8tement n\u00e9glig\u00e9 lorsqu&#8217;il a \u00e9crit La richesse des nations : Le syst\u00e8me d&#8217;usine ne peut durer que tant que nos ressources irrempla\u00e7ables sont bon march\u00e9 et disponibles. Or, ces ressources ne seront plus jamais bon march\u00e9 et deviendront de moins en moins disponibles. Nous vivons le cr\u00e9puscule de l&#8217;industrialisme et de l&#8217;urbanisme.            <\/p>\n\n<p><strong>PLOWBOY :<\/strong> Je pense que de nombreux lecteurs de MOTHER sont d&#8217;accord avec vous, mais que pouvons-nous faire ?<\/p>\n\n<p><strong>BORSODI :<\/strong> Nous devons d\u00e9velopper ce qu&#8217;un de mes amis appelle une &#8220;biotechnologie&#8221; &#8211; une technologie de la vie &#8211; pour remplacer la technologie inorganique que nous avons construite. Au lieu de continuer \u00e0 piller nos ressources irrempla\u00e7ables &#8211; que nous ne pourrons plus piller tr\u00e8s longtemps de toute fa\u00e7on &#8211; nous devons commencer \u00e0 explorer l&#8217;utilisation de ressources rempla\u00e7ables. Prenons l&#8217;exemple de l&#8217;\u00e9nergie. Le p\u00e9trole s&#8217;\u00e9puise. M\u00eame le charbon, dont nous disposons encore en grande quantit\u00e9, ne durera pas \u00e9ternellement. Mais le vent ! Vous pouvez utiliser le vent pour faire tourner un moteur et produire de l&#8217;\u00e9nergie, et vous pouvez le faire autant que vous voulez. Cela ne diminue en rien la quantit\u00e9 de vent dans le monde et ne pollue rien. Nous devrions avoir des milliers d&#8217;\u00e9oliennes dans tout le pays. Il existe une toute nouvelle technologie &#8211; qui utilise le vent, l&#8217;eau et le soleil &#8211; \u00e0 d\u00e9velopper. Tout l&#8217;argent, toute la recherche, qui sont actuellement consacr\u00e9s \u00e0 essayer de maintenir en vie notre technologie inorganique existante, sont une erreur colossale.          <\/p>\n\n<p><strong>PLOWBOY :<\/strong> Encore une fois, je suis s\u00fbr que beaucoup de nos lecteurs sont d&#8217;accord avec vous. Comme vous le savez, un nombre croissant d&#8217;entre eux construisent d\u00e9j\u00e0 des modes de vie biotechniques sur une base individuelle. Ils installent des fermes largement autosuffisantes, r\u00e9pondent \u00e0 leurs besoins \u00e9nerg\u00e9tiques gr\u00e2ce \u00e0 des \u00e9oliennes et des capteurs solaires, et tentent par ailleurs de mettre en place des modes de vie satisfaisants qui permettront \u00e0 la plan\u00e8te de perdurer.  <\/p>\n\n<p><strong>BORSODI :<\/strong> Oui, bien s\u00fbr, et ceux qui sont assez sages pour construire ces petits \u00eelots de s\u00e9curit\u00e9 pourront, dans une large mesure, r\u00e9sister aux horreurs qui nous attendent. Mais cela pourrait bien \u00eatre trop peu et trop tard. Il ne suffira peut-\u00eatre pas, voyez-vous, que quelques centaines de milliers &#8211; ou m\u00eame quelques millions &#8211; de personnes fassent cet effort. Je crains que nous ne devions changer notre soci\u00e9t\u00e9 de fond en comble, et assez rapidement, si nous voulons avoir un impact significatif. Votre magazine, THE MOTHER EARTH NEWS, publie de merveilleux articles sur les sources d&#8217;\u00e9nergie alternatives, le compostage, etc. Mais ce n&#8217;est pas suffisant. Vous n&#8217;\u00eates qu&#8217;un petit p\u00e9riodique. Il est parfaitement ridicule que vous essayiez si d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment de publier des informations qui devraient \u00eatre enseign\u00e9es dans toutes les \u00e9coles de ce pays. Voyez. J&#8217;ai cr\u00e9\u00e9 l&#8217;\u00c9cole de la vie et vous imprimez un magazine, mais ce n&#8217;est pas suffisant ! D&#8217;une mani\u00e8re ou d&#8217;une autre, si nous voulons vraiment changer le pays &#8211; et le faire \u00e0 temps &#8211; nous devons faire en sorte que les universit\u00e9s enseignent la v\u00e9rit\u00e9 \u00e0 ce sujet. Les enseignants des coll\u00e8ges et des universit\u00e9s ont le pouvoir dont nous avons besoin. J&#8217;ai \u00e9tudi\u00e9 l&#8217;histoire&#8230; l&#8217;histoire des mouvements sociaux. Et cette chose dans laquelle nous sommes engag\u00e9s est un mouvement social. Il n&#8217;y a qu&#8217;une seule fa\u00e7on de faire accepter un tel mouvement : l&#8217;institutionnaliser dans votre \u00e9tablissement d&#8217;enseignement. Faites en sorte que les \u00e9glises, les \u00e9coles et l&#8217;industrie de la publicit\u00e9, s&#8217;il en faut une, en fassent la doctrine dominante de votre culture. Ensuite, vous devez commencer \u00e0 mettre en place le syst\u00e8me de soutien n\u00e9cessaire&#8230; et permettez-moi d&#8217;illustrer ce que je veux dire par l\u00e0. L&#8217;automobile. J&#8217;ai achet\u00e9 ma premi\u00e8re voiture en 1908, au Texas. \u00c0 l&#8217;\u00e9poque, il n&#8217;y avait pas de garages et vous deviez trouver votre propre atelier d&#8217;usinage ou \u00eatre machiniste si vous aviez des r\u00e9parations \u00e0 faire. Ou bien vous deviez envoyer votre v\u00e9hicule \u00e0 l&#8217;usine. Les routes n&#8217;\u00e9taient pas non plus tr\u00e8s bonnes \u00e0 l&#8217;\u00e9poque et je devais acheter de l&#8217;essence dans chaque magasin de campagne que je croisais. Il n&#8217;y avait ni pompes \u00e0 essence, ni garages, ni rien de ce que les automobilistes consid\u00e8rent comme acquis de nos jours. Les automobiles surbaiss\u00e9es d&#8217;aujourd&#8217;hui, avec leurs pi\u00e8ces compliqu\u00e9es et leurs allumages \u00e9lectroniques, n&#8217;auraient pas dur\u00e9 tr\u00e8s longtemps en 1908. M\u00eame si quelques personnes s&#8217;\u00e9taient r\u00e9unies pour concevoir et construire leur propre &#8220;v\u00e9hicule du futur&#8221; \u00e0 l&#8217;\u00e9poque, et m\u00eame s&#8217;il s&#8217;\u00e9tait av\u00e9r\u00e9 \u00eatre exactement comme une automobile de 1974, il n&#8217;aurait pas eu beaucoup d&#8217;impact. Peu de gens auraient trouv\u00e9 pratique de conduire une telle voiture. Le type de routes dont elle aurait eu besoin &#8211; les syst\u00e8mes de soutien &#8211; n&#8217;\u00e9taient pas disponibles. C&#8217;est la situation \u00e0 laquelle nous sommes confront\u00e9s aujourd&#8217;hui. Il ne suffit pas que quelques-uns d&#8217;entre nous construisent leurs propres \u00e9oliennes et maisons chauff\u00e9es \u00e0 l&#8217;\u00e9nergie solaire. Nous devons mettre au point une technologie capable de faire fonctionner des \u00e9quipements de ce type pour des millions et des millions de personnes. Nous devons d\u00e9velopper les syst\u00e8mes de soutien n\u00e9cessaires.                              <\/p>\n\n<p><strong>PLOWBOY :<\/strong> Cela semble \u00eatre un gros travail.<\/p>\n\n<p><strong>BORSODI :<\/strong> C&#8217;est un travail consid\u00e9rable. Il s&#8217;agit de changer toutes les institutions sociales et \u00e9conomiques du pays. Un grand nombre des maux qui affligent l&#8217;humanit\u00e9 et la plan\u00e8te aujourd&#8217;hui, vous le savez, d\u00e9coulent d&#8217;une loi adopt\u00e9e par la l\u00e9gislature de l&#8217;\u00c9tat de New York en 1811. Cette loi autorisait pour la premi\u00e8re fois la cr\u00e9ation de soci\u00e9t\u00e9s \u00e0 but lucratif. Jusqu&#8217;alors, vous ne pouviez cr\u00e9er une soci\u00e9t\u00e9 qu&#8217;\u00e0 des fins publiques ou quasi-publiques : En 1811, cependant, la loi new-yorkaise a accord\u00e9 aux soci\u00e9t\u00e9s le statut de personnes artificielles&#8230; avec des privil\u00e8ges sp\u00e9ciaux refus\u00e9s aux soci\u00e9t\u00e9s priv\u00e9es. En 1811, cependant, la loi new-yorkaise a accord\u00e9 aux soci\u00e9t\u00e9s le statut de personnes artificielles &#8230; avec des privil\u00e8ges sp\u00e9ciaux refus\u00e9s aux personnes physiques. C&#8217;est ainsi qu&#8217;est n\u00e9e la formidable exploitation des entreprises dont nous souffrons aujourd&#8217;hui. Il y a une diff\u00e9rence entre le capitalisme classique et le capitalisme d&#8217;entreprise. Si la loi de 1811 n&#8217;avait pas \u00e9t\u00e9 adopt\u00e9e, nous vivrions aujourd&#8217;hui dans un monde totalement diff\u00e9rent.       <\/p>\n\n<p><strong>PLOWBOY :<\/strong> Vous changeriez donc la loi.<\/p>\n\n<p>BORSODI : Vous ne pouvez pas avoir une \u00e9conomie libre si vous accordez des privil\u00e8ges sp\u00e9ciaux pratiquement illimit\u00e9s \u00e0 diverses soci\u00e9t\u00e9s. J&#8217;abolirais ces privil\u00e8ges. J&#8217;introduirais \u00e9galement un syst\u00e8me rationnel de propri\u00e9t\u00e9 fonci\u00e8re et un syst\u00e8me rationnel d&#8217;argent&#8230; de l&#8217;argent qui ne pourrait pas \u00eatre gonfl\u00e9 selon les caprices des politiciens.  <\/p>\n\n<p><strong>PLOWBOY :<\/strong> Et vous cr\u00e9eriez des \u00e9coles de vie dans chaque communaut\u00e9.<\/p>\n\n<p><strong>BORSODI :<\/strong> Il le faut si l&#8217;on veut d\u00e9centraliser la soci\u00e9t\u00e9 et rendre les gens autosuffisants. Vivre \u00e0 la campagne, vous le savez, a \u00e9t\u00e9 appel\u00e9 &#8220;la vie simple&#8221;. Ce n&#8217;est pas vrai. C&#8217;est beaucoup plus complexe que la vie en ville. La vie en ville est simple. Vous avez un travail et vous gagnez de l&#8217;argent, vous allez dans un magasin et vous achetez ce que vous voulez et ce que vous pouvez vous permettre. La vie d\u00e9centralis\u00e9e \u00e0 la campagne, en revanche, c&#8217;est autre chose. Lorsque vous concevez vos propres choses, que vous planifiez ce que vous allez produire et que vous vivez vraiment en autarcie, vous devez apprendre&#8230; vous devez ma\u00eetriser toutes sortes de m\u00e9tiers et d&#8217;activit\u00e9s que les citadins ne connaissent pas du tout. Mais il ne s&#8217;agit pas seulement de r\u00e9soudre les probl\u00e8mes de savoir-faire. J&#8217;ai souvent dit que si nous devions avoir une v\u00e9ritable renaissance rurale, je consid\u00e9rerais la r\u00e9solution des probl\u00e8mes pratiques comme allant de soi. La premi\u00e8re chose que je mettrais en place serait des festivals.          <\/p>\n\n<p><strong>PLOWBOY :<\/strong> Des festivals ?<\/p>\n\n<p><strong>BORSODI :<\/strong> Si vous \u00e9tudiez la vie des paysans et des agriculteurs du monde entier, vous constaterez que leurs saisons, tout au long de l&#8217;ann\u00e9e, ont \u00e9t\u00e9 une s\u00e9rie de c\u00e9l\u00e9brations. M\u00eame lorsqu&#8217;ils \u00e9taient honteusement exploit\u00e9s par la noblesse &#8211; comme au Moyen-\u00c2ge &#8211; ils ont toujours eu leurs f\u00eates. Parfois 150 par an. En d&#8217;autres termes, ils ont toujours eu une vie culturelle satisfaisante et stimulante. Dans notre soci\u00e9t\u00e9, la participation active \u00e0 de telles activit\u00e9s est, dans une large mesure, refus\u00e9e \u00e0 l&#8217;individu. Nous sommes cens\u00e9s obtenir notre culture sous la forme de divertissements et de distractions emball\u00e9s par nous&#8230; de seconde main, \u00e0 l&#8217;occasion d&#8217;une f\u00eate ou d&#8217;un festival. Nous sommes cens\u00e9s acqu\u00e9rir notre culture sous la forme de divertissements et de distractions emball\u00e9s&#8230; de seconde main, d&#8217;un m\u00e9dia ou d&#8217;un autre. C&#8217;est pourquoi nous avons introduit le chant, la musique et la danse folklorique dans notre \u00c9cole de la vie dans les ann\u00e9es 30. Nous voulons du pain et du bon pain &#8230; mais l&#8217;homme ne vit pas que de pain. Ne sous-estimez pas ce fait. Nous devons d\u00e9velopper un mode de vie pratique et fructueux. Mais il faut aussi qu&#8217;il soit satisfaisant sur le plan culturel. Le travail et rien d&#8217;autre que le travail font de Jack un acheteur ennuyeux.            <\/p>\n\n<p><strong>PLOWBOY :<\/strong> Dr. Borsodi, merci.<\/p>\n\n<p><strong>BORSODI :<\/strong> Et merci.<\/p>\n\n<p>Copyright \u00a9 2001-2002, Ogden Publications, Inc.<\/p>\n\n<p>Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n\n<p>Entretien de Plowboy avec le Dr. Ralph Borsodi<\/p>\n\n<p>Mother Earth News, num\u00e9ro 26 &#8211; mars\/avril 1974<\/p>\n\n<p>Borsodi, vous avez v\u00e9cu une vie riche et bien remplie et vos nombreuses r\u00e9alisations ont \u00e9t\u00e9 abondamment document\u00e9es par la presse&#8230; pourtant, dans au moins un domaine important, vous semblez \u00eatre un &#8220;homme&#8221; myst\u00e9rieux : Personne ne semble savoir quel \u00e2ge vous avez.<\/p>\n\n<p>BORSODI : Non, je ne sais pas moi-m\u00eame. Je pense que je suis n\u00e9 en 1886 ou en 1987. La seule preuve document\u00e9e de mon \u00e2ge est mon passeport, qui indique que j&#8217;ai 88 ans&#8230; sur la foi du t\u00e9moignage de mon fr\u00e8re a\u00een\u00e9.  <\/p>\n\n<p>PLOWBOY : Je crois savoir que vous \u00eates n\u00e9 \u00e0 New York et que vous y avez grandi, mais que vous avez \u00e9t\u00e9 \u00e9duqu\u00e9 par vos parents au lieu d&#8217;\u00eatre inscrit dans le syst\u00e8me scolaire public de la ville.<\/p>\n\n<p>BORSODI : Mes parents m&#8217;ont emmen\u00e9 en Europe quand j&#8217;avais quatre ou cinq ans et j&#8217;y ai v\u00e9cu plusieurs ann\u00e9es sous leur tutelle. Je me souviens cependant &#8211; et vous me demandez de me souvenir de choses qui se sont pass\u00e9es il y a longtemps &#8211; que je suis all\u00e9 \u00e0 l&#8217;\u00e9cole \u00e0 New York pendant au moins quelques mois apr\u00e8s notre retour d&#8217;Europe. J&#8217;ai fr\u00e9quent\u00e9 l&#8217;\u00e9cole publique pendant une courte p\u00e9riode, puis j&#8217;ai \u00e9t\u00e9 scolaris\u00e9e dans des \u00e9coles priv\u00e9es.  <\/p>\n\n<p>PLOWBOY : C&#8217;est l\u00e0 que vous avez re\u00e7u votre formation en \u00e9conomie ?<\/p>\n\n<p>BORSODI : Non&#8230; Laissez-moi d&#8217;abord vous expliquer mon parcours scolaire. Curieusement, vous voyez, bien que j&#8217;aie obtenu un Master of Arts et un doctorat ces derni\u00e8res ann\u00e9es, je n&#8217;ai jamais eu de Bachelor of Arts&#8230; qui, bien s\u00fbr, est cens\u00e9 venir en premier. J&#8217;ai beaucoup \u00e9tudi\u00e9 dans ma jeunesse, mais mon \u00e9ducation formelle \u00e9tait tr\u00e8s sommaire. J&#8217;ai d\u00e9couvert l&#8217;\u00e9conomie en travaillant pour mon p\u00e8re, qui \u00e9tait \u00e9diteur et avait des relations dans le domaine de la publicit\u00e9. C&#8217;\u00e9tait mon premier emploi &#8211; je n&#8217;\u00e9tais qu&#8217;un enfant &#8211; et il m&#8217;a ouvert les yeux \u00e0 bien des \u00e9gards. C&#8217;est \u00e9galement \u00e0 ce moment-l\u00e0 que j&#8217;ai commenc\u00e9 \u00e0 m&#8217;int\u00e9resser \u00e0 l&#8217;id\u00e9e de l&#8217;agriculture familiale. Mon p\u00e8re a \u00e9crit l&#8217;introduction de A Little Land and a Living. Il s&#8217;agissait d&#8217;un livre sur l&#8217;agriculture d&#8217;autosuffisance \u00e9crit par Bolton Hall. Ce livre a jou\u00e9 un r\u00f4le important dans le mouvement de retour \u00e0 la terre qui a eu lieu pendant la panique bancaire de 1907. J&#8217;avais \u00e9t\u00e9 \u00e9lev\u00e9 en ville, dans des \u00e9coles priv\u00e9es, et c&#8217;\u00e9tait la premi\u00e8re fois que j&#8217;avais conscience qu&#8217;il existait un autre mode de vie. Mon p\u00e8re poss\u00e9dait alors des terres au Texas et, compar\u00e9 \u00e0 aujourd&#8217;hui, l&#8217;\u00c9tat \u00e9tait un tout nouveau pays \u00e0 l&#8217;\u00e9poque. C&#8217;est donc avec une conscience tout aussi nouvelle de ce que pouvait \u00eatre la vie que j&#8217;ai d\u00e9m\u00e9nag\u00e9 en 1908 et que j&#8217;ai commenc\u00e9 \u00e0 d\u00e9ployer un peu mes ailes.           <\/p>\n\n<p>PLOWBOY : C&#8217;est \u00e0 cette \u00e9poque que vous avez commenc\u00e9 \u00e0 d\u00e9velopper vos th\u00e9ories sur les mod\u00e8les de vie d\u00e9centralis\u00e9s.<\/p>\n\n<p>BORSODI : Je suppose que cela a commenc\u00e9 \u00e0 ce moment-l\u00e0&#8230; mais je n&#8217;ai vraiment pris conscience de la question des modes de vie que bien plus tard. J&#8217;\u00e9tais revenu \u00e0 New York, vous voyez, j&#8217;avais une femme et deux fils et je travaillais comme consultant \u00e9conomique pour Macys et d&#8217;autres soci\u00e9t\u00e9s de marketing. En 1920, il y a eu une grande p\u00e9nurie de logements dans la ville et la maison dans laquelle nous vivions a \u00e9t\u00e9 vendue sous nos yeux. Nous sommes donc partis. J&#8217;ai d\u00e9m\u00e9nag\u00e9 ma famille de New York en 1920 dans un effort d\u00e9lib\u00e9r\u00e9 pour m&#8217;\u00e9loigner de l&#8217;urbanisme.    <\/p>\n\n<p>PLOWBOY : C&#8217;est donc une p\u00e9nurie de logements qui vous a lanc\u00e9 dans la course de votre vie.<\/p>\n\n<p>BORSODI : Oui, oui&#8230; mais j&#8217;ai aussi laiss\u00e9 le pass\u00e9 derri\u00e8re moi pour une autre tr\u00e8s bonne raison. Ma premi\u00e8re femme a \u00e9t\u00e9 \u00e9lev\u00e9e dans une ferme du Kansas et je savais que je pouvais m&#8217;appuyer sur son exp\u00e9rience. Avec l&#8217;aide de ma femme, j&#8217;aurais pu faire des choses \u00e0 la campagne qu&#8217;il m&#8217;aurait \u00e9t\u00e9 extr\u00eamement difficile de faire seul en raison de mon origine citadine. Ma th\u00e9orie \u00e9tait qu&#8217;il \u00e9tait possible de vivre plus confortablement \u00e0 la campagne qu&#8217;en ville. Nous voulions faire l&#8217;exp\u00e9rience de construire et de fabriquer des choses pour nous-m\u00eames [&#8230;] pour avoir une certaine s\u00e9curit\u00e9 ind\u00e9pendante des fluctuations du monde des affaires.    <\/p>\n\n<p>PLOWBOY : Vous essayiez de devenir autosuffisant ?<\/p>\n\n<p>BORSODI : Oui, nous avons investi presque toutes nos \u00e9conomies dans l&#8217;achat d&#8217;une petite maison &#8211; nous l&#8217;avons appel\u00e9e Seven acres &#8211; dans le comt\u00e9 de Rockland, \u00e0 une heure et trois quarts de New York. J&#8217;ai continu\u00e9 \u00e0 travailler en ville et nous avons effectu\u00e9 des paiements mensuels \u00e0 partir de mon salaire pendant que nous reconstruisions une vieille grange sur la propri\u00e9t\u00e9 pour en faire une maison. \u00c0 la fin de la deuxi\u00e8me ann\u00e9e, nous avions une propri\u00e9t\u00e9 tr\u00e8s confortable et moderne.  <\/p>\n\n<p>PLOWBOY : Et vous savouriez ce confort alors que d&#8217;autres devenaient d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9s ! Je pense que vous avez \u00e9crit sur cette p\u00e9riode en ces termes : &#8221; &#8230; lors de la d\u00e9pression de 1921, alors que des millions de personnes arpentaient les rues de nos villes \u00e0 la recherche d&#8217;un emploi, nous avons commenc\u00e9 \u00e0 jouir du sentiment d&#8217;abondance que le citadin ne conna\u00eet jamais &#8220;. Vous faisiez bien s\u00fbr r\u00e9f\u00e9rence au fait que vous aviez des \u0153ufs, de la viande, du lait, des fruits et des l\u00e9gumes en abondance, alors que beaucoup d&#8217;autres n&#8217;en avaient pas.  <\/p>\n\n<p>BORSODI : Oui.<\/p>\n\n<p>PLOWBOY : Votre exp\u00e9rience a donc \u00e9t\u00e9 un succ\u00e8s imm\u00e9diat.<\/p>\n\n<p>BORSODI : C&#8217;\u00e9tait le cas. \u00c0 tel point que nous sommes vite devenus trop grands pour notre premi\u00e8re propri\u00e9t\u00e9. En 1924, nous avons achet\u00e9 18 acres, que nous avons baptis\u00e9s Dogwoods en r\u00e9f\u00e9rence aux magnifiques arbres qui s&#8217;y trouvaient, et nous les avons transform\u00e9s en un lieu de vie encore plus satisfaisant. J&#8217;y ai construit une formidable maison et trois autres b\u00e2timents \u00e0 partir des roches naturelles que nous avions trouv\u00e9es sur la propri\u00e9t\u00e9.   <\/p>\n\n<p>PLOWBOY : Avez-vous fait tout ce travail vous-m\u00eame ?<\/p>\n\n<p>BORSODI : Oh non, cela aurait \u00e9t\u00e9 impossible. Apr\u00e8s tout, le b\u00e2timent principal \u00e9tait haut de trois \u00e9tages et mesurait 110 pieds de long, et j&#8217;\u00e9tais encore occup\u00e9 en ville \u00e0 l&#8217;\u00e9poque. J&#8217;ai fait appel \u00e0 des entrepreneurs pour effectuer certains travaux dans la grande maison. Mais j&#8217;ai aussi beaucoup travaill\u00e9 sur cette structure moi-m\u00eame, en particulier \u00e0 l&#8217;int\u00e9rieur, et j&#8217;ai fait encore plus sur les autres maisons que nous avons construites. Nous utilisions une modification de la m\u00e9thode de construction en pierre d&#8217;Ernest Flagg.    <\/p>\n\n<p>PLOWBOY : Comment avez-vous acquis les comp\u00e9tences n\u00e9cessaires en mati\u00e8re de construction ? Avez-vous appris sur le tas ? <\/p>\n\n<p>BORSODI : C&#8217;est exact. La pratique, la lecture et l&#8217;observation&#8230; c&#8217;est l&#8217;un des meilleurs moyens de s&#8217;instruire. Nous avons oubli\u00e9, voyez-vous, qu&#8217;il fut un temps o\u00f9 la plupart des gens se formaient par l&#8217;apprentissage. M\u00eame les m\u00e9decins et les avocats, avant que nous n&#8217;ayons des \u00e9coles de m\u00e9decine et de droit, apprenaient ces professions en tant qu&#8217;apprentis aupr\u00e8s d&#8217;un m\u00e9decin ou d&#8217;un avocat d\u00e9j\u00e0 \u00e9tabli.   <\/p>\n\n<p>PLOWBOY : Je dois dire que vous avez certainement utilis\u00e9 votre philosophie &#8220;apprendre en faisant&#8221; \u00e0 bon escient. Non seulement vous avez appris &#8211; avec ou sans l&#8217;aide d&#8217;autres personnes &#8211; \u00e0 construire des maisons en pierre, mais en transformant Dogwoods en une ferme autosuffisante, vous avez appris \u00e0 traire une vache, \u00e0 tondre des moutons, \u00e0 labourer, \u00e0 baratter du beurre, \u00e0 faire fonctionner une meule, \u00e0 tisser sur un m\u00e9tier \u00e0 tisser et \u00e0 faire bien d&#8217;autres choses encore. Vous avez m\u00eame consign\u00e9 toutes ces activit\u00e9s dans l&#8217;un de vos livres &#8230; un livre que vous avez tap\u00e9 vous-m\u00eame dans le sous-sol de la maison Dogwoods.  <\/p>\n\n<p>BORSODI : Oui, je ne l&#8217;ai pas fait pour prouver quoi que ce soit. C&#8217;est simplement que j&#8217;ai trouv\u00e9 ce livre difficile \u00e0 \u00e9crire. Si difficile que j&#8217;ai fini par installer une machine \u00e0 linotypie dans mon sous-sol et que j&#8217;ai r\u00e9gl\u00e9 la copie moi-m\u00eame au fur et \u00e0 mesure que je l&#8217;\u00e9crivais. <\/p>\n\n<p>PLOWBOY : Puisque nous parlons de vos livres, j&#8217;aimerais mentionner This Ugly Civilization. Il a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9, je crois, en 1928 et contient \u00e9galement beaucoup d&#8217;informations sur vos exp\u00e9riences \u00e0 Seven acres et Dogwoods. Ce livre a \u00e9t\u00e9 une telle source d&#8217;inspiration que le Conseil des agences sociales de Dayton, dans l&#8217;Ohio, l&#8217;a utilis\u00e9 comme guide pour mettre en place un programme d&#8217;entraide pour les ch\u00f4meurs de cette ville pendant la d\u00e9pression.  <\/p>\n\n<p>BORSODI : Oui, c&#8217;est exact.<\/p>\n\n<p>PLOWBOY : Je crois savoir que vous avez fini par participer au projet.<\/p>\n\n<p>BORSODI : En 1932, les personnes qui avaient lanc\u00e9 ce programme &#8211; et il s&#8217;agissait de certaines des personnes les plus distingu\u00e9es de Dayton &#8211; sont venues \u00e0 Dogwoods et m&#8217;ont invit\u00e9 \u00e0 venir voir ce qu&#8217;elles faisaient. C&#8217;\u00e9tait un programme tr\u00e8s int\u00e9ressant, mais ils avaient du mal \u00e0 trouver l&#8217;argent dont ils avaient besoin. Apr\u00e8s tout, un tiers de la main-d&#8217;\u0153uvre de Dayton \u00e9tait au ch\u00f4mage pendant la d\u00e9pression&#8230; vous pouvez imaginer ce qu&#8217;il en \u00e9tait. J&#8217;ai donc dit au Conseil : &#8220;Je connais Harry Hopkins, le bras droit de Franklin D. Roosevelt, et je pense pouvoir obtenir de l&#8217;argent de Washington&#8221;.   <\/p>\n\n<p>PLOWBOY : Vous \u00eates donc all\u00e9 \u00e0 Washington et&#8230;  <\/p>\n\n<p>BORSODI : J&#8217;y suis donc all\u00e9 et j&#8217;ai obtenu 50 000 dollars, mais c&#8217;est la plus grosse erreur que j&#8217;ai commise dans ma vie. J&#8217;ai bien ramen\u00e9 l&#8217;argent, mais la bureaucratie f\u00e9d\u00e9rale s&#8217;est mise de la partie. Harry Ickes, le secr\u00e9taire de l&#8217;Int\u00e9rieur, a f\u00e9d\u00e9ralis\u00e9 le projet au printemps 34. \u00c0 partir de ce moment-l\u00e0, c&#8217;\u00e9tait l&#8217;agonie pour essayer d&#8217;accomplir quoi que ce soit dans le cadre du projet Dayton. J&#8217;en ai finalement eu assez et j&#8217;ai d\u00e9cid\u00e9 d&#8217;essayer de lancer un mouvement &#8211; non parrain\u00e9 par le gouvernement f\u00e9d\u00e9ral &#8211; qui am\u00e8nerait les gens \u00e0 quitter les villes et \u00e0 adopter le mode de vie que j&#8217;appelle le &#8220;homesteading&#8221;.    <\/p>\n\n<p>PLOWBOY : Je pense qu&#8217;il convient de pr\u00e9ciser \u00e0 nos lecteurs que lorsque vous parlez de &#8220;homesteading&#8221;, vous parlez en fait de la cr\u00e9ation de communaut\u00e9s autosuffisantes &#8230; plut\u00f4t que de petites fermes splendidement isol\u00e9es.<\/p>\n\n<p>BORSODI : Oui. Je ne suis certainement pas un d\u00e9fenseur de ce qui s&#8217;est produit presque uniquement aux \u00c9tats-Unis&#8230; et presque uniquement dans le centre et l&#8217;extr\u00eame ouest des \u00c9tats-Unis. et presque uniquement dans le centre et l&#8217;extr\u00eame ouest des \u00c9tats-Unis. Lorsque cette partie de notre pays a \u00e9t\u00e9 colonis\u00e9e, cela s&#8217;est fait dans le cadre du Homestead Act. Cette loi vous permettait de vous installer sur 160 acres &#8211; un quart de section de terre &#8211; et d&#8217;obtenir un titre de propri\u00e9t\u00e9 simplement en restant sur place et en y vivant pendant quatre ans. Cela a eu pour effet, bien s\u00fbr, de parsemer l&#8217;Ouest de millions de personnes vivant sur des terres isol\u00e9es. \u00c0 l&#8217;\u00e9poque, lorsque vous n&#8217;aviez que des chevaux pour vous d\u00e9placer, vous pouviez ne pas voir vos voisins pendant des jours. Vous alliez en ville probablement une fois par semaine, si vous y alliez aussi souvent. Ce mode de vie est tout aussi contre nature que le fait d&#8217;entasser les gens comme des sardines dans les bo\u00eetes de la ville de New York. L&#8217;homme est un animal gr\u00e9gaire. Il n&#8217;est pas cens\u00e9 vivre dans l&#8217;isolement. Il doit vivre en communaut\u00e9, mais cette communaut\u00e9 ne doit pas n\u00e9cessairement \u00eatre une ville. Tout porte \u00e0 croire que la construction de villes est l&#8217;une des pires erreurs que l&#8217;humanit\u00e9 ait jamais commises : Pour notre sant\u00e9 physique et mentale, nous devons \u00eatre proches de notre m\u00e8re la Terre.           <\/p>\n\n<p>PLOWBOY : O\u00f9 cela nous m\u00e8ne-t-il ?<\/p>\n\n<p>BORSODI : La fa\u00e7on normale de vivre &#8211; et j&#8217;en ai discut\u00e9 \u00e0 l&#8217;infini dans mes livres &#8211; est de vivre dans une communaut\u00e9 de ce que j&#8217;appelle &#8220;taille optimale&#8221;. Ni trop grande, ni trop petite. Un endroit o\u00f9, lorsque vous marchez sur la route, tout le monde vous dit &#8220;Bonjour&#8221;&#8230; parce que tout le monde vous conna\u00eet.  <\/p>\n\n<p>PLOWBOY : C&#8217;est ce genre de communaut\u00e9 que vous avez d\u00e9cid\u00e9 d&#8217;\u00e9tablir apr\u00e8s avoir quitt\u00e9 Dayton.<\/p>\n\n<p>BORSODI : Oui, et j&#8217;ai tout de suite compris que le centre d&#8217;une telle communaut\u00e9 devait \u00eatre une \u00e9cole o\u00f9 tout le monde &#8211; et pas seulement les enfants &#8211; pourrait \u00e9tudier le sujet le plus important de tous : la philosophie de la vie. Je pense que la philosophie, telle qu&#8217;elle est enseign\u00e9e dans le monde acad\u00e9mique, est une discipline totalement d\u00e9nu\u00e9e de sens. En revanche, la philosophie en tant que mode de vie est extr\u00eamement importante. Abraham Lincoln a dit un jour que l&#8217;avenir de l&#8217;Am\u00e9rique d\u00e9pendait de la capacit\u00e9 \u00e0 enseigner aux gens comment bien vivre \u00e0 partir d&#8217;un petit lopin de terre. C&#8217;est cette technologie que nous devons \u00e9tudier&#8230; comment bien vivre &#8211; pas seulement une existence spartiate, mais une bonne vie &#8211; sur un petit lopin de terre.    <\/p>\n\n<p>PLOWBOY : Je suppose que vous avez commenc\u00e9 votre nouvelle communaut\u00e9 avec l&#8217;une de ces \u00e9coles.<\/p>\n\n<p>BORSODI : Oui. J&#8217;ai cr\u00e9\u00e9 une \u00e9cole de vie dans le comt\u00e9 de Rockland, \u00e0 New York, au cours de l&#8217;hiver 1934-1935. Tr\u00e8s vite, une vingtaine de familles ont commenc\u00e9 \u00e0 venir r\u00e9guli\u00e8rement de New York pour passer les week-ends dans cette \u00e9cole. Je ne sais pas comment elles ont r\u00e9ussi \u00e0 trouver l&#8217;argent pour s&#8217;y rendre. C&#8217;\u00e9tait en pleine d\u00e9pression, voyez-vous, et certaines de ces personnes n&#8217;avaient aucune source de revenus. Je me souviens que lorsque nous nous sommes pr\u00e9par\u00e9s \u00e0 commencer la construction de notre premi\u00e8re communaut\u00e9, je leur ai dit : &#8220;Je vais vous aider. Je leur ai dit : &#8220;Je commencerai si vous \u00eates assez nombreux \u00e0 mettre un peu d&#8217;argent de c\u00f4t\u00e9 pour d\u00e9marrer.&#8221; Savez-vous combien ces 20 familles ont pu r\u00e9unir ? Deux cents dollars. Tout le groupe. Elles ont d\u00e9pos\u00e9 l&#8217;argent sur la table et je leur ai donn\u00e9 des re\u00e7us, et c&#8217;est tout ce qu&#8217;il y avait. C&#8217;\u00e9tait \u00e0 moi de trouver un moyen d&#8217;acheter les terres dont nous avions besoin.           <\/p>\n\n<p>PLOWBOY : Comment avez-vous fait ?<\/p>\n\n<p>BORSODI : J&#8217;avais un terrain que je voulais utiliser, environ 40 acres, que j&#8217;avais rep\u00e9r\u00e9 pr\u00e8s de Suffern. Il appartenait \u00e0 un traiteur juif de New York, un certain Plotkin. Je suis all\u00e9 le voir et je lui ai dit : &#8220;M. Plotkin, vous avez 40 acres de terrain et vous savez que maintenant, pendant la d\u00e9pression, ils ne valent presque plus rien&#8230; et qu&#8217;il faudra des ann\u00e9es et des ann\u00e9es avant que vous puissiez commencer \u00e0 r\u00e9cup\u00e9rer ce que vous avez investi dans cette propri\u00e9t\u00e9. Je n&#8217;ai pas d&#8217;argent, mais je signerai un contrat pour vos 40 acres&#8230; un contrat qui m&#8217;oblige \u00e0 vous payer un quaranti\u00e8me, ou toute autre partie du terrain que j&#8217;utilise, chaque fois que j&#8217;y construis une maison. Et chaque fois que je commencerai une nouvelle construction, j&#8217;irai \u00e0 la banque et je r\u00e9unirai assez d&#8217;argent pour commencer la construction et pour vous payer cette partie de la propri\u00e9t\u00e9&#8221;. Apr\u00e8s des dizaines d&#8217;entretiens avec M. Plotkin et sa famille, j&#8217;ai obtenu leur accord.     <\/p>\n\n<p>PLOWBOY : Et ce fut le d\u00e9but de &#8230; .  <\/p>\n\n<p>BORSODI : De la communaut\u00e9 de Bayard Lane. Je dois \u00e9galement mentionner que M. Plotkin a gard\u00e9 cinq acres de terre pour lui et qu&#8217;il a particip\u00e9 \u00e0 l&#8217;exp\u00e9rience. En fait, lui et sa femme cultivaient encore cette terre lorsque j&#8217;ai rendu visite \u00e0 Bayard Lane pour son anniversaire en 1973. L&#8217;id\u00e9e a donc bien fonctionn\u00e9 pour eux.   <\/p>\n\n<p>PLOWBOY : Les 20 familles d&#8217;origine ont-elles toutes adh\u00e9r\u00e9 ?<\/p>\n\n<p>BORSODI : Non, seulement 16. Et comme je l&#8217;ai dit, ils n&#8217;avaient pas beaucoup d&#8217;argent liquide. Je leur ai donc dit : &#8220;Les terrains ici devraient vous co\u00fbter un peu moins de 1 000 dollars, mais vous n&#8217;aurez pas \u00e0 les acheter. Vous n&#8217;aurez qu&#8217;\u00e0 payer un loyer, taxes comprises, d&#8217;environ 5 dollars par mois. J&#8217;ai alors commenc\u00e9 \u00e0 lever des fonds, principalement en \u00e9mettant des certificats d&#8217;endettement qui pouvaient \u00eatre rembours\u00e9s avec les loyers. Ce que j&#8217;ai fait, voyez-vous, c&#8217;est cr\u00e9er une fiducie fonci\u00e8re&#8230; en fait une institution \u00e9conomique, bancaire et de cr\u00e9dit. Nous l&#8217;avons appel\u00e9e Independence Foundation, Inc. Il s&#8217;agissait d&#8217;une mani\u00e8re nouvelle et \u00e9thique de d\u00e9tenir des terres en fiducie &#8230; de mettre des cr\u00e9dits \u00e0 faible co\u00fbt, partag\u00e9s en coop\u00e9rative, \u00e0 la disposition des personnes qui souhaitaient construire des fermes dans notre communaut\u00e9. Cette institution permettait aux gens d&#8217;acc\u00e9der \u00e0 la terre sans qu&#8217;ils aient \u00e0 payer la propri\u00e9t\u00e9 au comptant au d\u00e9part.        <\/p>\n\n<p>PLOWBOY : Super ! Mais comment avez-vous financ\u00e9 la construction des maisons ? <\/p>\n\n<p>BORSODI : La plupart des familles qui ont rejoint Bayard Dane \u00e9taient au ch\u00f4mage, mais quelques-unes avaient un emploi ou un peu d&#8217;argent. Nous avons donc mis le premier groupe \u00e0 construire des maisons, \u00e0 cultiver des jardins et \u00e0 effectuer d&#8217;autres travaux productifs, et le second a fourni suffisamment d&#8217;argent pour couvrir les d\u00e9penses de base. Nous avons suivi \u00e0 peu pr\u00e8s la m\u00eame ligne de conduite un peu plus tard, lorsque nous avons lanc\u00e9 Van Houten Fields &#8230; un deuxi\u00e8me projet d&#8217;\u00e9cole de vie dans la r\u00e9gion de Suffern, dans l&#8217;\u00c9tat de New York.  <\/p>\n\n<p>PLOWBOY : Qu&#8217;est-il advenu de ces communaut\u00e9s &#8230; et d&#8217;autres ont-elles \u00e9t\u00e9 construites ?<\/p>\n\n<p>BORSODI : Les deux communaut\u00e9s, bien s\u00fbr, sont toujours l\u00e0. Elles ont quelque peu chang\u00e9 au fil des ans &#8211; seules quelques familles cultivent encore les grands jardins &#8211; mais elles sont toujours l\u00e0. Quant aux autres&#8230; eh bien, la Seconde Guerre mondiale, avec ses priorit\u00e9s, a rendu les mat\u00e9riaux de construction impossibles \u00e0 obtenir. Elle a \u00e9galement mis tant d&#8217;argent frais dans les poches des gens que personne n&#8217;a voulu penser \u00e0 des fermes autosuffisantes pendant les 20 ann\u00e9es suivantes. Pour des raisons diverses, j&#8217;ai abandonn\u00e9 la Fondation pour l&#8217;Ind\u00e9pendance pendant la guerre et Mildred Loomis a emmen\u00e9 l&#8217;\u00c9cole de vie dans l&#8217;Ohio. Elle a continu\u00e9 \u00e0 la g\u00e9rer avec son mari, John, jusqu&#8217;\u00e0 la mort de ce dernier en 1968. Mildred a ensuite d\u00e9m\u00e9nag\u00e9 l&#8217;\u00e9cole \u00e0 Freeland, dans le Maryland, o\u00f9 elle continue d&#8217;enseigner aux personnes qui reviennent aujourd&#8217;hui \u00e0 la terre les bases de l&#8217;autonomie.      <\/p>\n\n<p>Borsodi, si l&#8217;on en croit le courrier que nous recevons \u00e0 THE MOTHER EARTH NEWS, il y a maintenant des centaines de milliers, voire des millions de personnes dans ce pays qui pensent que la soci\u00e9t\u00e9 urbanis\u00e9e et industrialis\u00e9e d&#8217;aujourd&#8217;hui ne fonctionne tout simplement plus&#8230; que le soi-disant &#8220;syst\u00e8me&#8221; ne satisfait plus les d\u00e9sirs, les besoins et les souhaits fondamentaux de l&#8217;\u00eatre humain.<\/p>\n\n<p>BORSODI : Le m\u00e9contentement \u00e0 l&#8217;\u00e9gard de la soci\u00e9t\u00e9 &#8220;moderne&#8221; de ce pays dont vous parlez n&#8217;est pas nouveau. Nous l&#8217;avons connu \u00e0 maintes reprises, en particulier pendant et apr\u00e8s les grandes d\u00e9pressions, depuis la fondation de la nation. L&#8217;agitation engendre g\u00e9n\u00e9ralement un mouvement de &#8220;retour \u00e0 la terre&#8221; qui s&#8217;enflamme pendant un certain temps . . puis les temps s&#8217;am\u00e9liorent et le cycle recommence.  <\/p>\n\n<p>PLOWBOY : Pourquoi ?<\/p>\n\n<p>BORSODI : Pourquoi ? Parce que toute l&#8217;\u00e8re industrielle &#8211; qui a commenc\u00e9 il y a environ 200 ans, lorsqu&#8217;Adam Smith a \u00e9crit La richesse des nations &#8211; repose sur de fausses pr\u00e9misses. Smith, voyez-vous, a fait l&#8217;\u00e9loge du syst\u00e8me de production en usine comme moyen de mettre fin \u00e0 la mis\u00e8re dans le monde. Il a soulign\u00e9 que si vous fabriquez des objets \u00e0 grande \u00e9chelle dans une usine, vous r\u00e9duisez le co\u00fbt de production de ces objets&#8230; et c&#8217;est parfaitement vrai. Mais Adam Smith a compl\u00e8tement oubli\u00e9 ce que la production en usine fait aux co\u00fbts de distribution. Elle les fait augmenter. Les marchandises ne peuvent \u00eatre fabriqu\u00e9es dans une usine que si les mati\u00e8res premi\u00e8res, le carburant, les travailleurs et tout le reste y sont achemin\u00e9s. Il s&#8217;agit l\u00e0 d&#8217;un co\u00fbt de distribution. Ensuite, une fois que vous avez assembl\u00e9 ce que vous fabriquez dans cette usine, vous devez l&#8217;exp\u00e9dier aux personnes qui le consomment. Cela aussi peut co\u00fbter cher. J&#8217;ai tout produit, depuis les cultures de tomates jusqu&#8217;aux v\u00eatements que j&#8217;ai fil\u00e9s \u00e0 la main sur mon propre terrain, et j&#8217;ai tenu des registres tr\u00e8s pr\u00e9cis de toutes les d\u00e9penses li\u00e9es \u00e0 ces exp\u00e9riences. Je pense qu&#8217;il est \u00e9vident que la moiti\u00e9 ou les deux tiers &#8211; et c&#8217;est plus pr\u00e8s des deux tiers &#8211; de toutes les choses dont nous avons besoin pour bien vivre peuvent \u00eatre produites de la mani\u00e8re la plus \u00e9conomique \u00e0 petite \u00e9chelle&#8230; soit dans votre propre maison, soit dans une autre. soit dans votre propre maison, soit dans la communaut\u00e9 o\u00f9 vous vivez. Les \u00e9tudes que j&#8217;ai men\u00e9es \u00e0 Dogwoods &#8211; les &#8220;exp\u00e9riences de production domestique&#8221; &#8211; montrent de mani\u00e8re concluante que nous avons \u00e9t\u00e9 induits en erreur par la doctrine de la division du travail. Bien s\u00fbr, il y a certaines choses &#8211; de mon point de vue, un petit nombre de choses &#8211; qui ne peuvent pas \u00eatre produites \u00e9conomiquement dans une petite communaut\u00e9. Vous ne pouvez pas fabriquer du fil \u00e9lectrique ou des ampoules, par exemple, de mani\u00e8re tr\u00e8s satisfaisante \u00e0 une \u00e9chelle limit\u00e9e. Il n&#8217;en reste pas moins que pratiquement les deux tiers de toutes les choses que nous consommons sont mieux produites sur une base communautaire.               <\/p>\n\n<p>PLOWBOY : Qu&#8217;en est-il de la qualit\u00e9 ?<\/p>\n\n<p>BORSODI : Lorsque vous fabriquez des objets pour votre propre usage, vous essayez de produire ce qu&#8217;il y a de mieux. Et lorsque les gens produisent des articles qui sont \u00e9chang\u00e9s face \u00e0 face, il y a une certaine relation humaine et une fiert\u00e9 de l&#8217;artisanat qui maintiennent la qualit\u00e9 \u00e0 un niveau \u00e9lev\u00e9. Mais lorsque vous installez des machines et les faites fonctionner dans le seul but de r\u00e9aliser des b\u00e9n\u00e9fices, vous commencez g\u00e9n\u00e9ralement \u00e0 exploiter le consommateur. C&#8217;est ce qui se passe actuellement et c&#8217;est l&#8217;une des raisons pour lesquelles tant de gens se sentent tromp\u00e9s par notre syst\u00e8me industrialis\u00e9.   <\/p>\n\n<p>PLOWBOY : Mais l&#8217;accent est toujours mis sur la production industrielle.<\/p>\n\n<p>BORSODI : Oh oui. Ils l&#8217;appliquent m\u00eame \u00e0 l&#8217;agriculture aujourd&#8217;hui. Ils l&#8217;appellent l&#8217;agrobusiness. Je le vois ici m\u00eame dans le New Hampshire avec les fermes laiti\u00e8res. L&#8217;\u00e9cole d&#8217;agriculture de l&#8217;universit\u00e9 du New Hampshire et d&#8217;autres &#8220;experts&#8221; enseignent aux petits agriculteurs qu&#8217;il n&#8217;est pas rentable d&#8217;avoir une ou deux vaches pour produire leur propre lait. Ce n&#8217;est pas vrai. Permettez-moi d&#8217;attirer votre attention sur quelques faits curieux concernant une vache : Tout d&#8217;abord, pour estimer la valeur d&#8217;un tel animal, le commun des mortels dirait : &#8220;Eh bien, calculons la valeur de son lait.&#8221; Il est possible d&#8217;attribuer une valeur mon\u00e9taire \u00e0 ce lait, mais pas seulement. En effet, lorsque vous produisez votre propre lait, il s&#8217;agit d&#8217;un lait pur et frais &#8230; contrairement au lait en bouteille qui est transform\u00e9, pasteuris\u00e9 et trait\u00e9 et qui, \u00e0 mon avis, est de qualit\u00e9 inf\u00e9rieure. Vous avez donc le lait. Mais cette vache produit \u00e9galement du fumier et, si vous avez suffisamment de fumier, vous n&#8217;avez pas besoin d&#8217;acheter d&#8217;engrais chimiques. Il faut \u00e9galement tenir compte de la valeur du veau que la vache produit chaque ann\u00e9e. Lorsque vous additionnez tous les revenus qu&#8217;un agriculteur peut tirer d&#8217;une vache, vous constatez que le retour sur investissement est assez important &#8230; \u00e0 condition que lui et sa famille utilisent le lait. Si, en revanche, l&#8217;agriculteur vend le lait au prix de gros \u00e0 quelqu&#8217;un d&#8217;autre, il n&#8217;en tire qu&#8217;un faible rendement qu&#8217;il doit d\u00e9penser au prix de d\u00e9tail pour les choses qu&#8217;il d\u00e9sire. En d&#8217;autres termes, c&#8217;est lorsqu&#8217;il l&#8217;utilise que le lait a le plus de valeur pour lui. Il s&#8217;agit l\u00e0 d&#8217;un exemple de la loi \u00e9conomique dont j&#8217;ai parl\u00e9 dans mon livre L&#8217;\u00e8re de la distribution. Il s&#8217;agit des co\u00fbts de distribution. Lorsque vous achetez du lait, vous payez tr\u00e8s peu pour le lait lui-m\u00eame. La majeure partie de ce que vous payez concerne la distribution du produit. En revanche, lorsque vous produisez votre propre lait &#8211; ou vos propres l\u00e9gumes &#8211; vous n&#8217;avez pas \u00e0 supporter de tels co\u00fbts. C&#8217;est cette histoire qui devrait \u00eatre racont\u00e9e dans les \u00e9coles d&#8217;agriculture &#8230; au lieu de l&#8217;\u00e9ducation erron\u00e9e que ces institutions enseignent.                    <\/p>\n\n<p>Vous dites que, m\u00eame si nous sommes devenus insatisfaits \u00e0 maintes reprises dans ce pays de notre soci\u00e9t\u00e9 de plus en plus industrialis\u00e9e et m\u00eame si cette insatisfaction a produit \u00e0 plusieurs reprises des mouvements de retour \u00e0 la terre, rien n&#8217;a encore invers\u00e9 la tendance de notre nation vers une existence pr\u00e9emball\u00e9e, \u00e9nergivore et d\u00e9shumanis\u00e9e, au moins en partie parce que nos institutions enseignent aux gens \u00e0 valoriser une soci\u00e9t\u00e9 industrialis\u00e9e plut\u00f4t qu&#8217;une soci\u00e9t\u00e9 agraire. <\/p>\n\n<p>BORSODI : Tant que les universit\u00e9s &#8211; en particulier les \u00e9coles d&#8217;agriculture &#8211; perp\u00e9tueront les valeurs de l&#8217;urbanisme et de l&#8217;industrialisme, c&#8217;est comme si l&#8217;on essayait de faire rouler une pierre en amont chaque fois que l&#8217;on tente de montrer aux gens les vertus d&#8217;une vie plus proche de l&#8217;autosuffisance. Chaque g\u00e9n\u00e9ration, voyez-vous, est habitu\u00e9e \u00e0 consid\u00e9rer l&#8217;agriculture familiale comme quelque chose de pass\u00e9 et de romantique qu&#8217;il vaut mieux oublier. La vraie bataille n&#8217;est donc pas de trouver des individus qui ont la hardiesse, l&#8217;endurance et l&#8217;ing\u00e9niosit\u00e9 n\u00e9cessaires pour se d\u00e9brouiller seuls&#8230; mais de faire en sorte que les \u00e9tablissements d&#8217;enseignement s&#8217;int\u00e9ressent \u00e0 la mani\u00e8re de montrer \u00e0 ces personnes comment s&#8217;y prendre.  <\/p>\n\n<p>PLOWBOY : L&#8217;\u00e9tablissement d&#8217;enseignement est-il le seul fautif ?<\/p>\n\n<p>BORSODI : Vous devez vous rappeler que nous sommes \u00e9duqu\u00e9s &#8211; nos go\u00fbts et nos id\u00e9es sont d\u00e9termin\u00e9s par bien plus que les \u00e9coles et les universit\u00e9s. L&#8217;\u00c9glise nous apprenait \u00e0 vivre, mais elle a perdu son influence. Les \u00e9coles se sont alors engouffr\u00e9es dans la br\u00e8che et, comme je l&#8217;ai dit, elles diffusent souvent des informations erron\u00e9es, mais, en fait, ce ne sont plus les \u00e9coles qui enseignent au peuple am\u00e9ricain ce qu&#8217;il veut. Nous disposons aujourd&#8217;hui d&#8217;un \u00e9tablissement d&#8217;enseignement encore plus persuasif qui fait entrer les produits fabriqu\u00e9s par les usines dans la gorge de nos concitoyens&#8230; et cet \u00e9tablissement d&#8217;enseignement s&#8217;appelle la publicit\u00e9. Tr\u00e8s peu de gens consid\u00e8rent la publicit\u00e9 comme le v\u00e9ritable \u00e9ducateur de la population am\u00e9ricaine, mais, encore et encore, elle nous apprend \u00e0 vouloir toutes sortes de choses qui ne sont pas bonnes pour nous &#8230; mais qui rapportent de l&#8217;argent \u00e0 ceux qui contr\u00f4lent les usines. Le c\u0153ur de l&#8217;\u00e9conomie, voyez-vous, c&#8217;est la satisfaction des besoins. C&#8217;est donc une bonne affaire de cr\u00e9er un besoin que seule votre usine peut satisfaire. Mais la nature n&#8217;a pas d&#8217;usines, il est donc \u00e9vident que la cr\u00e9ation d&#8217;une telle demande est probablement contre nature&#8230; mauvaise. Et lorsque vous encouragez les gens \u00e0 d\u00e9sirer les mauvaises choses, vous cr\u00e9ez en r\u00e9alit\u00e9 un mod\u00e8le de vie &#8211; un mode de vie &#8211; que vous ne devriez pas avoir.        <\/p>\n\n<p>PLOWBOY : Malgr\u00e9 vos arguments contre l&#8217;industrie, vous n&#8217;\u00eates pas ce que l&#8217;on pourrait appeler un &#8220;anti-technologie&#8221;.<\/p>\n\n<p>BORSODI : Oh non. Je m&#8217;int\u00e9resse beaucoup \u00e0 un type de technologie : la technologie de la d\u00e9centralisation, de l&#8217;autosuffisance et du bien-vivre. Malheureusement, la majeure partie du reste du monde moderne s&#8217;int\u00e9resse \u00e0 la technologie de la centralisation, de la production de masse et de l&#8217;argent. Surtout l&#8217;argent.   <\/p>\n\n<p>Savez-vous ce que signifie r\u00e9ellement le mot &#8220;\u00e9conomie&#8221; ? Il vient du mot grec oeconomia, qui signifie &#8220;gestion de la maison&#8221;. Les Grecs insistaient sur le fait que tout citoyen reconnu devait avoir une propri\u00e9t\u00e9 &#8211; ou un domaine, comme ils l&#8217;appelaient &#8211; et des travailleurs pour subvenir \u00e0 ses besoins afin qu&#8217;il puisse consacrer son temps aux travaux publics et \u00e0 la d\u00e9fense de l&#8217;\u00c9tat. L&#8217;oeconomia \u00e9tait donc l&#8217;\u00e9tude, l&#8217;\u00e9tude scientifique, de la mani\u00e8re de g\u00e9rer un foyer. Elle n&#8217;avait rien \u00e0 voir avec le fait de gagner de l&#8217;argent. Les Grecs avaient un autre mot pour cela : chrematistikes. Chrematistikes signifiait &#8220;gagner de l&#8217;argent&#8221; et ils m\u00e9prisaient cela. Gagner sa vie &#8211; une bonne vie &#8211; \u00e9tait le travail d&#8217;un gentleman&#8230; essayer de gagner de l&#8217;argent \u00e9tait le travail d&#8217;un subalterne qui \u00e9tait m\u00e9pris\u00e9. Nous avons compl\u00e8tement chang\u00e9 la donne. Il y a deux types de revenus. Il y a ce que j&#8217;appelle les revenus non mon\u00e9taires, ou imput\u00e9s, et les revenus mon\u00e9taires. Dans une ferme, la plupart des revenus sont imput\u00e9s. Vous produisez de la richesse sous forme de biens et de services, mais vous n&#8217;\u00eates pas pay\u00e9 pour cela. Si vous cuisinez un repas \u00e0 la maison, vous faites exactement ce que vous feriez si vous \u00e9tiez embauch\u00e9 pour le pr\u00e9parer dans un restaurant&#8230; mais dans un cas, vous produisez un revenu imput\u00e9 et dans l&#8217;autre, un revenu mon\u00e9taire. Et ce n&#8217;est que ce dernier qui int\u00e9resse notre monde aujourd&#8217;hui.              <\/p>\n\n<p>PLOWBOY : Je crois que vous faites une distinction similaire en ce qui concerne la propri\u00e9t\u00e9.<\/p>\n\n<p>BORSODI : Je divise tr\u00e8s soigneusement les possessions de l&#8217;humanit\u00e9 en deux cat\u00e9gories : l&#8217;une que j&#8217;appelle &#8220;propri\u00e9t\u00e9&#8221; et l&#8217;autre &#8220;trusterie&#8221;. Par d\u00e9finition, la propri\u00e9t\u00e9 est tout ce qui peut \u00eatre poss\u00e9d\u00e9&#8230; l\u00e9galement. Mais vous savez qu&#8217;il y a des choses qui peuvent \u00eatre poss\u00e9d\u00e9es l\u00e9galement, mais pas moralement. Par exemple, les esclaves \u00e9taient autrefois l\u00e9galement poss\u00e9d\u00e9s. Les lois de nos \u00c9tats et la Constitution des \u00c9tats-Unis rendaient l\u00e9gale la possession d&#8217;\u00eatres humains&#8230; mais aucune l\u00e9galisation ne la rendait morale. Je pense la m\u00eame chose des ressources naturelles de la terre. Lorsque vous fabriquez quelque chose avec votre propre travail, vous avez, pour ainsi dire, fig\u00e9 votre travail dans cette chose. C&#8217;est ainsi que vous cr\u00e9ez un titre moral sur cette chose, en la produisant. Vous pouvez la vendre \u00e0 quelqu&#8217;un d&#8217;autre et, en \u00e9change de ce qu&#8217;il vous paie, vous pouvez lui donner votre titre moral sur cette chose. Mais aucun homme n&#8217;a cr\u00e9\u00e9 la terre ou ses ressources naturelles. Et aucun homme ou gouvernement n&#8217;a de titre moral sur la propri\u00e9t\u00e9 de la terre. Si la terre doit \u00eatre utilis\u00e9e, et nous devons l&#8217;utiliser pour vivre, elle doit \u00eatre trait\u00e9e comme une fiducie. Nous devons d\u00e9tenir la terre en fiducie. Nous pouvons profiter des fruits de la terre ou d&#8217;une ressource naturelle, mais la terre ou la ressource elle-m\u00eame doit \u00eatre trait\u00e9e comme un don. Un homme qui utilise la terre est un administrateur de cette terre et il doit en prendre soin pour que les g\u00e9n\u00e9rations futures la trouvent aussi bonne, aussi riche, que lorsqu&#8217;il en a pris possession. Un fiduciaire a droit \u00e0 une r\u00e9mun\u00e9ration pour l&#8217;administration de sa fiducie&#8230; mais il ne doit jamais d\u00e9truire la fiducie elle-m\u00eame. D\u00e8s que vous posez ce principe moral simple, bien s\u00fbr, vous faites de nos m\u00e9thodes actuelles de traitement des ressources naturelles de la terre des canards et des coqs. L&#8217;histoire de l&#8217;Am\u00e9rique n&#8217;est qu&#8217;une gigantesque exploitation des terres&#8230; et tr\u00e8s peu de gens se rendent compte que cela cr\u00e9e exactement les conditions qui poussent les individus &#8211; en d\u00e9sespoir de cause &#8211; \u00e0 se tourner vers le socialisme et le communisme. Tant que la terre est disponible en tant que ressource ultime vers laquelle vous pouvez vous tourner pour subvenir \u00e0 vos besoins, personne ne peut vous exploiter. Ce n&#8217;est que lorsque toutes les terres sont expropri\u00e9es par des sp\u00e9culateurs ou par des personnes qui en vivent qu&#8217;il est impossible de se tourner vers la terre comme source ultime d&#8217;emploi. Tout le monde ne doit pas \u00eatre agriculteur, bien s\u00fbr, mais tant que la terre sera disponible pour ceux qui veulent la travailler, nous n&#8217;aurons pas ce ch\u00f4mage d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9 qui a finalement conduit Marx \u00e0 proposer le communisme comme solution aux probl\u00e8mes cr\u00e9\u00e9s par le capitalisme.                    <\/p>\n\n<p>PLOWBOY : Vous diriez donc que la pr\u00e9servation de la terre et son maintien en fiducie pour l&#8217;usage de tous, y compris des g\u00e9n\u00e9rations \u00e0 venir, est la seule ligne de conduite moralement correcte &#8230; du point de vue de la terre et de l&#8217;humanit\u00e9.<\/p>\n\n<p>BORSODI : Bien s\u00fbr.<\/p>\n\n<p>PLOWBOY : Mais nous n&#8217;avons jamais fait cela dans ce pays. En fait, peu de cultures l&#8217;ont fait, si ce n&#8217;est aucune. <\/p>\n\n<p>BORSODI : Non. Permettez-moi de m&#8217;exprimer ainsi : Les seules histoires dignes d&#8217;int\u00e9r\u00eat qui aient jamais \u00e9t\u00e9 \u00e9crites sont des histoires de civilisations. Les histoires des nations sont ce que Napol\u00e9on appelait un &#8220;mensonge convenu&#8221;. Les histoires nationales ne font que magnifier l&#8217;histoire d&#8217;un pays. Les histoires des civilisations, en revanche, sont diff\u00e9rentes. Toynbee, vous le savez, a \u00e9crit un r\u00e9cit de 21 civilisations . et ce qui est int\u00e9ressant, c&#8217;est que chacune d&#8217;entre elles est morte. Comme Toynbee l&#8217;explique &#8211; et il le fait en termes historiques &#8211; elles ont \u00e9t\u00e9 confront\u00e9es \u00e0 un probl\u00e8me, \u00e0 une crise. Toynbee appelait ces confrontations des &#8220;p\u00e9riodes de troubles&#8221;&#8230; et si la civilisation n&#8217;\u00e9tait pas \u00e0 la hauteur du d\u00e9fi, elle s&#8217;effondrait tout simplement. C&#8217;est ce \u00e0 quoi nous sommes confront\u00e9s. Avez-vous d\u00e9j\u00e0 entendu parler de Spengler et de son grand livre, Le d\u00e9clin de l&#8217;Occident ? Ce livre a fait sensation lors de sa parution, car il pr\u00e9disait exactement ce qui se passe aujourd&#8217;hui. La th\u00e8se de Spengler est que ce que chaque civilisation semble faire, c&#8217;est d&#8217;accumuler toutes les richesses et toute la sant\u00e9 dans les grandes villes&#8230; o\u00f9 elles finissent par se d\u00e9composer. Puis il y a un effondrement et un d\u00e9clin \u00e9crasant de la population, et les gens qui restent sont forc\u00e9s de retourner \u00e0 la terre. Il me semble tragique que nous n&#8217;\u00e9coutions pas des hommes comme Toynbee et Spengler. Ils nous ont montr\u00e9 ce qui peut arriver. Nous savons maintenant&#8230; et, au lieu d&#8217;attendre qu&#8217;un krach nous conduise \u00e0 un meilleur mode de vie, nous devrions utiliser toute notre intelligence &#8211; toute la technologie que nous poss\u00e9dons &#8211; pour d\u00e9velopper ce mode de vie avant que l&#8217;effondrement \u00e0 venir ne se produise.               <\/p>\n\n<p>PLOWBOY : Une telle catastrophe est-elle in\u00e9vitable ?<\/p>\n\n<p>BORSODI : Si nous, en tant que culture, y r\u00e9fl\u00e9chissions et nous demandions quel type de civilisation nous devrions d\u00e9velopper pour atteindre ces objectifs, nous pourrions assurer un bon niveau de vie \u00e0 tous nos citoyens et nous organiser de mani\u00e8re \u00e0 ce qu&#8217;aucune calamit\u00e9 ne se produise. Mais nous ne l&#8217;avons pas fait. Nous ne l&#8217;avons pas fait du tout. Nous sommes sur une trajectoire de collision avec le destin et le crash qui s&#8217;annonce va faire passer la derni\u00e8re d\u00e9pression pour une plaisanterie.   <\/p>\n\n<p>PLOWBOY : N&#8217;y a-t-il aucun espoir d&#8217;\u00e9viter l&#8217;in\u00e9vitable ?<\/p>\n\n<p>BORSODI : Eh bien&#8230; peut-\u00eatre. Peut-\u00eatre seulement. Les signaux d&#8217;alarme sont allum\u00e9s tout autour de nous. La crise de l&#8217;\u00e9nergie, voyez-vous, m&#8217;int\u00e9resse pour cette raison pr\u00e9cise. Parce que, pour la premi\u00e8re fois, le public commence \u00e0 se rendre compte que nous vivons le cr\u00e9puscule de l&#8217;industrialisme. La crise commence \u00e0 se faire sentir. Dans 20, 30 ou 40 ans, il n&#8217;y aura plus de p\u00e9trole au rythme o\u00f9 nous l&#8217;utilisons. Et ce n&#8217;est pas tout, bien s\u00fbr. Il y a d&#8217;autres p\u00e9nuries. Presque toutes les industries connaissent des p\u00e9nuries de min\u00e9raux et de mat\u00e9riaux. C&#8217;est un autre point qu&#8217;Adam Smith a compl\u00e8tement n\u00e9glig\u00e9 lorsqu&#8217;il a \u00e9crit La richesse des nations : Le syst\u00e8me d&#8217;usine ne peut durer que tant que nos ressources irrempla\u00e7ables sont bon march\u00e9 et disponibles. Or, ces ressources ne seront plus jamais bon march\u00e9 et deviendront de moins en moins disponibles. Nous vivons le cr\u00e9puscule de l&#8217;industrialisme et de l&#8217;urbanisme.            <\/p>\n\n<p>PLOWBOY : Je pense que de nombreux lecteurs de MOTHER sont d&#8217;accord avec vous, mais que pouvons-nous faire ?<\/p>\n\n<p>BORSODI : Nous devons d\u00e9velopper ce qu&#8217;un de mes amis appelle une &#8220;biotechnologie&#8221; &#8211; une technologie de la vie &#8211; pour remplacer la technologie inorganique que nous avons construite. Au lieu de continuer \u00e0 piller nos ressources irrempla\u00e7ables &#8211; que nous ne pourrons plus piller tr\u00e8s longtemps de toute fa\u00e7on &#8211; nous devons commencer \u00e0 explorer l&#8217;utilisation de ressources rempla\u00e7ables. Prenons l&#8217;exemple de l&#8217;\u00e9nergie. Le p\u00e9trole s&#8217;\u00e9puise. M\u00eame le charbon, dont nous disposons encore en grande quantit\u00e9, ne durera pas \u00e9ternellement. Mais le vent ! Vous pouvez utiliser le vent pour faire tourner un moteur et produire de l&#8217;\u00e9nergie, et vous pouvez le faire autant que vous voulez. Cela ne diminue en rien la quantit\u00e9 de vent dans le monde et ne pollue rien. Nous devrions avoir des milliers d&#8217;\u00e9oliennes dans tout le pays. Il existe une toute nouvelle technologie &#8211; qui utilise le vent, l&#8217;eau et le soleil &#8211; \u00e0 d\u00e9velopper. Tout l&#8217;argent, toute la recherche, qui sont actuellement consacr\u00e9s \u00e0 essayer de maintenir en vie notre technologie inorganique existante, sont une erreur colossale.          <\/p>\n\n<p>PLOWBOY : Encore une fois, je suis s\u00fbr que beaucoup de nos lecteurs sont d&#8217;accord avec vous. Comme vous le savez, un nombre croissant d&#8217;entre eux construisent d\u00e9j\u00e0 des modes de vie biotechniques sur une base individuelle. Ils installent des fermes largement autosuffisantes, r\u00e9pondent \u00e0 leurs besoins \u00e9nerg\u00e9tiques gr\u00e2ce \u00e0 des \u00e9oliennes et des capteurs solaires, et tentent par ailleurs de mettre en place des modes de vie satisfaisants qui permettront \u00e0 la plan\u00e8te de perdurer.  <\/p>\n\n<p>BORSODI : Oui, bien s\u00fbr, et ceux qui sont assez sages pour construire ces petits \u00eelots de s\u00e9curit\u00e9 pourront, dans une large mesure, r\u00e9sister aux horreurs qui nous attendent. Mais cela pourrait bien \u00eatre trop peu et trop tard. Il ne suffira peut-\u00eatre pas, voyez-vous, que quelques centaines de milliers &#8211; ou m\u00eame quelques millions &#8211; de personnes fassent cet effort. Je crains que nous ne devions changer notre soci\u00e9t\u00e9 de fond en comble, et assez rapidement, si nous voulons avoir un impact significatif. Votre magazine, THE MOTHER EARTH NEWS, publie de merveilleux articles sur les sources d&#8217;\u00e9nergie alternatives, le compostage, etc. Mais ce n&#8217;est pas suffisant. Vous n&#8217;\u00eates qu&#8217;un petit p\u00e9riodique. Il est parfaitement ridicule que vous essayiez si d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment de publier des informations qui devraient \u00eatre enseign\u00e9es dans toutes les \u00e9coles de ce pays. Voyez. J&#8217;ai cr\u00e9\u00e9 l&#8217;\u00c9cole de la vie et vous imprimez un magazine, mais ce n&#8217;est pas suffisant ! D&#8217;une mani\u00e8re ou d&#8217;une autre, si nous voulons vraiment changer le pays &#8211; et le faire \u00e0 temps &#8211; nous devons faire en sorte que les universit\u00e9s enseignent la v\u00e9rit\u00e9 \u00e0 ce sujet. Les enseignants des coll\u00e8ges et des universit\u00e9s ont l&#8217;influence dont nous avons besoin. J&#8217;ai \u00e9tudi\u00e9 l&#8217;histoire&#8230; l&#8217;histoire des mouvements sociaux. Et ce dans quoi nous sommes engag\u00e9s est un mouvement social. Il n&#8217;y a qu&#8217;une seule fa\u00e7on de faire accepter un tel mouvement : l&#8217;institutionnaliser dans votre \u00e9tablissement d&#8217;enseignement. Faites en sorte que les \u00e9glises, les \u00e9coles et l&#8217;industrie de la publicit\u00e9, s&#8217;il en faut une, en fassent la doctrine dominante de votre culture. Ensuite, vous devez commencer \u00e0 mettre en place le syst\u00e8me de soutien n\u00e9cessaire&#8230; et permettez-moi d&#8217;illustrer ce que je veux dire par l\u00e0. L&#8217;automobile. J&#8217;ai achet\u00e9 ma premi\u00e8re voiture en 1908, au Texas. \u00c0 l&#8217;\u00e9poque, il n&#8217;y avait pas de garages et vous deviez trouver votre propre atelier d&#8217;usinage ou \u00eatre machiniste si vous aviez des r\u00e9parations \u00e0 faire. Ou bien vous deviez envoyer votre v\u00e9hicule \u00e0 l&#8217;usine. Les routes n&#8217;\u00e9taient pas non plus tr\u00e8s bonnes \u00e0 l&#8217;\u00e9poque et je devais acheter de l&#8217;essence dans tous les magasins de campagne que je croisais. Il n&#8217;y avait ni pompes \u00e0 essence, ni garages, ni rien de ce que les automobilistes consid\u00e8rent comme acquis de nos jours. Les automobiles surbaiss\u00e9es d&#8217;aujourd&#8217;hui, avec leurs pi\u00e8ces compliqu\u00e9es et leurs allumages \u00e9lectroniques, n&#8217;auraient pas dur\u00e9 tr\u00e8s longtemps en 1908. M\u00eame si quelques personnes s&#8217;\u00e9taient r\u00e9unies pour concevoir et construire leur propre &#8220;v\u00e9hicule du futur&#8221; \u00e0 l&#8217;\u00e9poque, et m\u00eame s&#8217;il s&#8217;\u00e9tait av\u00e9r\u00e9 \u00eatre exactement comme une automobile de 1974, il n&#8217;aurait pas eu beaucoup d&#8217;impact. Peu de gens auraient trouv\u00e9 pratique de conduire une telle voiture. Le type de routes dont elle aurait eu besoin &#8211; les syst\u00e8mes de soutien &#8211; n&#8217;\u00e9taient pas disponibles. C&#8217;est la situation \u00e0 laquelle nous sommes confront\u00e9s aujourd&#8217;hui. Il ne suffit pas que quelques-uns d&#8217;entre nous construisent leurs propres \u00e9oliennes et maisons chauff\u00e9es \u00e0 l&#8217;\u00e9nergie solaire. Nous devons mettre au point une technologie capable de faire fonctionner des \u00e9quipements de ce type pour des millions et des millions de personnes. Nous devons d\u00e9velopper les syst\u00e8mes de soutien n\u00e9cessaires.                              <\/p>\n\n<p>PLOWBOY : Cela semble \u00eatre un gros travail.<\/p>\n\n<p>BORSODI : C&#8217;est un travail consid\u00e9rable. Il s&#8217;agit de changer toutes les institutions sociales et \u00e9conomiques du pays. Un grand nombre des maux qui affligent l&#8217;humanit\u00e9 et la plan\u00e8te aujourd&#8217;hui, vous le savez, d\u00e9coulent d&#8217;une loi adopt\u00e9e par la l\u00e9gislature de l&#8217;\u00c9tat de New York en 1811. Cette loi autorisait pour la premi\u00e8re fois la cr\u00e9ation de soci\u00e9t\u00e9s \u00e0 but lucratif. Jusqu&#8217;alors, vous ne pouviez cr\u00e9er une soci\u00e9t\u00e9 qu&#8217;\u00e0 des fins publiques ou quasi-publiques : En 1811, cependant, la loi new-yorkaise a accord\u00e9 aux soci\u00e9t\u00e9s le statut de personnes artificielles&#8230; avec des privil\u00e8ges sp\u00e9ciaux refus\u00e9s aux soci\u00e9t\u00e9s priv\u00e9es. En 1811, cependant, la loi new-yorkaise a accord\u00e9 aux soci\u00e9t\u00e9s le statut de personnes artificielles &#8230; avec des privil\u00e8ges sp\u00e9ciaux refus\u00e9s aux personnes physiques. C&#8217;est ainsi qu&#8217;est n\u00e9e la formidable exploitation des entreprises dont nous souffrons aujourd&#8217;hui. Il y a une diff\u00e9rence entre le capitalisme classique et le capitalisme d&#8217;entreprise. Si la loi de 1811 n&#8217;avait pas \u00e9t\u00e9 adopt\u00e9e, nous vivrions aujourd&#8217;hui dans un monde totalement diff\u00e9rent.       <\/p>\n\n<p>PLOWBOY : Vous changeriez donc cette loi.<\/p>\n\n<p>BORSODI : Vous ne pouvez pas avoir une \u00e9conomie libre si vous accordez des privil\u00e8ges sp\u00e9ciaux pratiquement illimit\u00e9s \u00e0 diverses soci\u00e9t\u00e9s. J&#8217;abolirais ces privil\u00e8ges. J&#8217;introduirais \u00e9galement un syst\u00e8me rationnel de propri\u00e9t\u00e9 fonci\u00e8re et un syst\u00e8me rationnel d&#8217;argent&#8230; de l&#8217;argent qui ne pourrait pas \u00eatre gonfl\u00e9 selon les caprices des politiciens.  <\/p>\n\n<p>PLOWBOY : Et vous cr\u00e9eriez des \u00e9coles de vie dans chaque communaut\u00e9.<\/p>\n\n<p>BORSODI : Il le faut si l&#8217;on veut d\u00e9centraliser la soci\u00e9t\u00e9 et rendre les gens autosuffisants. Vivre \u00e0 la campagne, vous le savez, a \u00e9t\u00e9 appel\u00e9 &#8220;la vie simple&#8221;. Ce n&#8217;est pas vrai. C&#8217;est beaucoup plus complexe que la vie en ville. La vie en ville est simple. Vous avez un travail et vous gagnez de l&#8217;argent, vous allez dans un magasin et vous achetez ce que vous voulez et ce que vous pouvez vous permettre. La vie d\u00e9centralis\u00e9e \u00e0 la campagne, en revanche, c&#8217;est autre chose. Lorsque vous concevez vos propres choses, que vous planifiez ce que vous allez produire et que vous vivez vraiment en autarcie, vous devez apprendre&#8230; vous devez ma\u00eetriser toutes sortes de m\u00e9tiers et d&#8217;activit\u00e9s que les citadins ne connaissent pas du tout. Mais il ne s&#8217;agit pas seulement de r\u00e9soudre les probl\u00e8mes de savoir-faire. J&#8217;ai souvent dit que si nous devions avoir une v\u00e9ritable renaissance rurale, je consid\u00e9rerais la r\u00e9solution des probl\u00e8mes pratiques comme allant de soi. La premi\u00e8re chose que je mettrais en place serait des festivals.          <\/p>\n\n<p>PLOWBOY : Des festivals ?<\/p>\n\n<p>BORSODI : Si vous \u00e9tudiez la vie des paysans et des agriculteurs du monde entier, vous constaterez que leurs saisons, tout au long de l&#8217;ann\u00e9e, ont \u00e9t\u00e9 une s\u00e9rie de c\u00e9l\u00e9brations. M\u00eame lorsqu&#8217;ils \u00e9taient honteusement exploit\u00e9s par la noblesse &#8211; comme au Moyen-\u00c2ge &#8211; ils ont toujours eu leurs f\u00eates. Parfois 150 par an. En d&#8217;autres termes, ils ont toujours eu une vie culturelle satisfaisante et stimulante. Dans notre soci\u00e9t\u00e9, la participation active \u00e0 de telles activit\u00e9s est, dans une large mesure, refus\u00e9e \u00e0 l&#8217;individu. Nous sommes cens\u00e9s obtenir notre culture sous la forme de divertissements et de distractions emball\u00e9s par nous&#8230; de seconde main, \u00e0 l&#8217;occasion d&#8217;une f\u00eate ou d&#8217;un festival. Nous sommes cens\u00e9s acqu\u00e9rir notre culture sous la forme de divertissements et de distractions emball\u00e9s&#8230; de seconde main, d&#8217;un m\u00e9dia ou d&#8217;un autre. C&#8217;est pourquoi nous avons introduit le chant, la musique et la danse folklorique dans notre \u00c9cole de la vie dans les ann\u00e9es 30. Nous voulons du pain et du bon pain &#8230; mais l&#8217;homme ne vit pas que de pain. Ne sous-estimez pas ce fait. Nous devons d\u00e9velopper un mode de vie pratique et fructueux. Mais il faut aussi qu&#8217;il soit satisfaisant sur le plan culturel. Le travail et rien d&#8217;autre que le travail font de Jack un acheteur ennuyeux.            <\/p>\n\n<p>PLOWBOY : Dr. Borsodi, merci.<\/p>\n\n<p>BORSODI : Et merci.<\/p>\n\n<p>Copyright \u00a9 2001-2002, Ogden Publications, Inc.<\/p>\n\n<p>Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Mother Earth News a interview\u00e9 Ralph Borsodi en 1974, apr\u00e8s qu&#8217;il eut pris sa retraite en tant que directeur ex\u00e9cutif de l&#8217;Institut international pour l&#8217;ind\u00e9pendance, l&#8217;organisation qu&#8217;il avait fond\u00e9e en 1967. 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